Auteur :
Tsvétana Tontchéva
Article
dimanche 30 novembre 2025 13:05
dimanche, 30 novembre 2025, 13:05
Parachkev Hadjiev (1912 – 1992)
PHOTO : ubc-bg.com
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Surnommé le Verdi ou le Puccini de la musique bulgare, le compositeur Parachkev Hadjiev (1912 – 1992) est devenu il y a déjà longtemps classique de l’art lyrique en Bulgarie. Cet auteur d’opéra, qui est le plus productif parmi les compositeurs bulgares, a laissé derrière lui 21 opéras, six opérettes, trois comédies musicales et un ballet. Ils ont tous été présentés plus de 150 fois en Bulgarie et au moins dix autres pays européens : la Russie, la Roumanie, la Pologne, la Tchéquie, l’Allemagne, la Belgique, etc.
D’après l’éminent musicologue Lubomir Sagaev, cet "artiste d’un riche imaginaire, une immense culture et une incroyable capacité de travail" a contribué énormément à la culture musicale bulgare. Ses opéras les plus connus sont fondées sur de célèbres œuvres littéraires bulgares (de Pentcho Slaveykov, Yordan Yovkov, Ratcho Stoyanov…) Son langage musical est limpide et accessible, l’action scénique est intense et expressive mais avant tout, il y a sa mélodie typique plastique et éloquente, d’une beauté inégalée, créée grâce à sa connaissance excellente de la voix humaine.
PHOTO : Ludmila Hadjiéva - archives personnelles
Le 11 avril 1957, le Théâtre musical de Sofia accueille la première de son premier opéra intitulé "Il était une fois" d’après le livret de Pavel Spassov mêlant le comique et le merveilleux. Cette première suit de cinq ans la première opérette de Hadjiev, "Délyana", une œuvre qui a fait l’objet de critiques féroces et retirée de l’affiche après seulement 12 représentations à guichets fermés. La raison n’en est pas la musique mais le livret (signé Véra Damyanova). Le Journal ouvrier (Rabotnitchesko délo), organe officiel du parti, écrit un article furieux qui s’acharne sur l’opérette. Trois ans après "Délyana", la lyrique "Aïka" est montée sur la scène du Théâtre musical, sa deuxième opérette qui connaît un succès bien mérité.
Enthousiasmé, le compositeur crée son premier opéra. Séduisant et accessible, elle gagne en popularité. Au cours des deux décennies suivantes, il est présenté sur toutes les scènes musicales bulgares : à Sofia, Plovdiv, Varna, Roussé, Stara Zagora, Sliven, Bourgas, Pazardjik et Véliko Tarnovo. Sa première au théâtre "Friedrich Wolf" (aujourd’hui Landestheater Neustrelitz) à Neustrelitz, entièrement réalisée par une équipe allemande, a lieu le 30 octobre 1960.
PHOTO : parashkevhadjiev.eu
"Il était une fois" narre l’histoire de la belle Kalina que Radoyko demande en mariage, un jeune homme qui vit dans un village très éloigné. Son père est d’accord mais sa mère qui s’y oppose fait jurer à sa fille de garder le silence devant tout le monde, y compris son mari, pendant neuf ans. Radoyko qui aime beaucoup sa femme cherche à la guérir à l’aide de guérisseurs, de sorcières, et même un fantastique rituel tsigane. Dans le quatrième acte, arrivent Hitar Pétar et Nasreddin Hodja, un duo mythique du folklore bulgare. Tous deux parient pour savoir qui résoudra le problème de la "muette" et comme le hodja n’y arrive pas avec ses incantations, Hitar Pétar déclare que la seule solution serait que Radoyko prenne une autre femme. Ce n’est qu’à ce moment que Kalina, terrifiée de perdre son bien-aimé, oublie son serment et se met à parler.
Plaque commémorative de Parachkev Hadjiev sur la façade de sa maison à Sofia
PHOTO : wikiwand.com
Dans l’air par lequel se termine le deuxième acte, la pauvre jeune femme plaint son sort. C’est un air considéré comme un tour de force d’un compositeur qui connaît à la perfection les capacités du soprano colorature. La mélodicité marquante imprégnée de l’esprit du folklore bulgare, le développement magistral, l’orchestration fascinante et les passages virtuoses spectaculaires font de l’air de Kalina un air de concert préféré de nombreuses sopranos bulgares. Son interprétation la plus convaincante pourtant est celle de la célèbre soliste de l’Opéra de Sofia, Eléna Stoyanova, accompagnée de l’Orchestre symphonique de la Radio nationale bulgare sous la baguette de Rouslan Raïtchev. L’enregistrement date de 1988.
Version française : Maria Stoéva
Chargé de publication : Maria Stoéva