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Les Bulgares ont exprimé leur rejet catégorique du modèle de gouvernance du pays
jeudi 11 décembre 2025 14:00
jeudi, 11 décembre 2025, 14:00
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"Nous voulons un changement ! Nous protestons pour un meilleur présent ! Démission !" Des milliers de Bulgares ont envahi les grand-places de Sofia et d’autres grandes villes du pays, réclamant la démission du gouvernement et que les leaders de GERB et du MDL – Nouveau départ Boyko Borissov et Délyan Péevski quittent le pouvoir. La vague de protestation a débordé hors de nos frontières avec des compatriotes de la diaspora dans de nombreuses villes du reste de l’Europe qui se sont également mobilisés contre la corruption et le modèle de gouvernance de la Bulgarie.
PHOTO : Vénéta Nikolova
Nous sommes venus protester, parce que nous voulons un changement et des réformes en Bulgarie pour qu’elle cesse d’être le pays le plus pauvre de l’Europe. Je vais certainement voter s’il y a des élections anticipées. Je vote toujours, mais maintenant j’ai bon espoir, parce que je vois la mobilisation des électeurs et cela peut amener des changements positifs en Bulgarie, dit Deyan Tsvyatkov, un des milliers dans la multitude qui s’était rassemblée dans le centre-ville de Sofia.
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Lili Tsénova demande aussi la démission du gouvernement :
Un changement radical doit se produire et ces gens-là doivent enfin comprendre qu’on ne veut pas d’eux, qu’ils doivent s’en aller et que les jeunes puissent se faire entendre. Grâce aux médias modernes il n’est plus possible de détourner cette mobilisation sociale, on ne peut pas la cacher, tout le monde la voit.
Les dirigeants ont épuisé leur crédit moral de confiance parmi les citoyens bulgares qui réclament à présent des élections anticipées avec un taux de participation élevé pour former une majorité légitime au pouvoir. Rappelons que la législature actuelle de l’Assemblée nationale est le résultat des législatives d’octobre 2024 où le taux d’abstention a atteint 62%.
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Organisé par la coalition d’opposition "Poursuivons le changement- Bulgarie démocratique" contre le projet initial de loi de finances pour 2026, le mouvement de protestation a évolué en manifestation anti-gouvernementale dépassant toute appartenance à tel ou tel parti unissant des gens de toutes les générations.
Nous sommes venus protester avec notre bébé de 5 mois et notre petite fille de 4 ans, parce que leurs grands-parents sont ici eux aussi, nous dit Yohanna Trayanova. Nous sommes ici parce que nous nous sentons bien en Bulgarie et nous voulons rester ici. En tant que parents nous portons une grande responsabilité pour l’avenir de notre pays. Mais avec le modèle de gouvernance que nous avons depuis tant d’années je ne vois pas d’avenir pour mes enfants. Et je suis venue ici parce que je veux que cela change, que nous ayons un pays européen normal avec une bonne éducation donnée aux enfants, une bonne infrastructure, de bonnes routes, un bon système de santé.
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"Ce n’est pas une protestation banale pour revendiquer une revalorisation de salaire. C’est une protestation contre l’absence de morale des politiques bulgares. Il n’est pas question d’argent, mais de valeurs. Les gens ne tolèrent plus qu’on leur mente avec arrogance et impunité, ils ont le sentiment qu’il n’y a plus de limites à quoi que ce soit", dit l’académicien Ivan Iltchev.
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Les dimensions atteintes par la grogne sociale réduisent l’horizon politique des partis au pouvoir GERB-UFD, le Parti socialiste et "Il y a un tel peuple", soutenus par le MDL – Nouveau départ, commentent les analystes. Ces partis sont toutefois catégoriques qu’ils ne permettront pas une déstabilisation du pays "à quelques mètres de la ligne d’arrivée" pour l’entrée dans la zone euro. Le leader de GERB Boyko Borissov a déclaré à la presse qu’il était prêt à discuter de démission et d’élections anticipées, mais après le 1er janvier, date d’adoption de l’euro qu’il considère comme un objectif géostratégique de la Bulgarie.
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Mais les jeunes ont perdu patience. Plus de 150 Bulgares se sont réunis sur la place de l’opéra à Vienne, organisés par deux étudiants, David Radoslavov et Tsvétomir Patarinski. Mariana De Meo nous confie ses impressions de la mobilisation dans la capitale autrichienne :
Tous ces gens sont venus avec drapeaux et pancartes exprimer leur dégoût du comportement primitif, de la mafia qui sévit en Bulgarie. En 2020 j’avais organisé les protestations ici à Vienne avec des amis et je peux dire que nous voyons maintenant apparaître une nouvelle génération. Ces jeunes gens ont exprimé magnifiquement et sincèrement leur dégoût de la réalité en Bulgarie et leur immense désir d’étudier et travailler en Bulgarie.
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Des Bulgares se sont également mobilisés pour se joindre au mouvement de protestation à Berlin, Londres, Barcelone, Bruxelles, La Haye, Zurich, Stockholm et d’autres villes européennes.
Sondage : Vénéta Nikolova
Texte : Eléna Karkalanova
Version française : Christo Popov
Chargé de publication : Christo Popov