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Yoan Kolev

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2025 en politique : protestations et cabinet démissionnaire au seuil de l’euro

mercredi, 31 décembre 2025, 12:00

2025 en politique : protestations et cabinet démissionnaire au seuil de l’euro

PHOTO : Collage photo BGNES

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Le cabinet du premier ministre Rossen Jélyazkov a tenu 11 mois et 10 jours. Le 105e gouvernement bulgare a reçu le soutien du parlement en janvier 2025 après des négociations longues et ardues entre GERB-UFD qui a obtenu le mandat de composition d’un cabinet et le Parti socialiste, "Il y a un tel peuple" et l’Alliance pour les droits et libertés d’Ahmed Dogan. A la mi-avril l’ADL a retiré sa confiance au gouvernement, mais celui-ci a continué de travailler avec le soutien du MDL – Nouveau départ de Délyan Péevski. Le 4 juin il a été annoncé que la Bulgarie reçoit le feu vert de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne pour adhérer à la zone euro à partir du 1er janvier 2026. Cette annonce a été suivie de six motions de censure contre le gouvernement en six mois. Le gouvernement Jélyazkov y a survécu, mais a démissionné après des protestations massives contre le projet de Loi de finances pour 2026 qui se sont transformées en demande de démission du gouvernement et de changement du modèle de gouvernance Borissov-Péevski (leaders de GERB et du MDL – Nouveau départ).

PHOTO : BTA

La finalisation du processus d’eurointégration de la Bulgarie et les protestations provoquées par les erreurs et les scandales du gouvernement sont les événements qui ont marqué l’année politique 2025, dit le politologue Svétlin Tatchev de l’institut de sondage "Myara" :

Svétlin Tatchev

PHOTO : archives personnelles

Ce gouvernement aurait pu fonctionner aussi longtemps qu’il voulait sans problèmes particuliers, s’il avait pu éviter les erreurs et les scandales. Le fait que le PLF pour 2026 ait pu générer cette vague de mécontentement montre qu’il y avait de grosses tensions accumulées. Sinon, dans une situation politique normale, ce sujet n’aurait provoqué que des tensions minimes, comme tout autre projet de budget. Mais cette fois des centaines de milliers de gens de tous âges et de convictions politiques différentes sont sortis dans la rue. Ces manifestations sont le prolongement d’un processus de transformation qui a commencé avec la vague de protestations de 2020 et qui n’a toujours pas pris fin.

PHOTO : BTA

Une des erreurs commises par le gouvernement Jélyazkov a été l’arrestation du maire de Varna Blagomir Kotsev et avant lui l’adjoint au maire de Sofia Nikola Barboutov dans des enquêtes pour corruption. Ces deux événements ont fortement secoué la coalition d’opposition "Poursuivons le changement – Bulgarie démocratique" et ont failli la désintégrer après la prise de responsabilité et la démission de l’ancien premier ministre Kiril Petkov qui était alors coprésident de "Poursuivons le changement". Mais en fin de compte PlC-BD ont réussi à rester unis et même à mobiliser leurs sympathisants.

Blagomir Kotsev

PHOTO : BTA

L’année 2025 a donné un répit aux électeurs qui en avaient bien besoin après 7 élections anticipées à la suite. Mais c’est aussi une période de perte de direction et d’orientation, indique la politologue Tatyana Bouroudjiéva :

Tatyana Bouroudjiéva

PHOTO : BTA

Pour pouvoir s’orienter il faux se fixer un objectif. Si je me donne un but et je commence à le réaliser, cela me permet d’évaluer et de réagir à tout acte des politiques. Si leurs actes profitent à mon objectif, je les soutiendrai, sinon je chercherai d’autres politiques plus appropriés à la réalisation de mon but. Étant donné que nous permettons d’être transformés en fan clubs et en foule, nous restons à la surface des choses et nous manquons celles qui importent. Les fan clubs des équipes de football sont une excellente expression de ce que nous sommes devenus et leur comportement reflète le nôtre.

PHOTO : BTA

Bouroudjiéva ajoute que la démocratie représentative donne de moins en moins l’impression aux citoyens qu’ils participent à la prise de décisions et que ceux qui n’apprécient pas les décisions politiques seraient une minorité. C’est plutôt l’inverse qui se produit : les décisions politiques sont prises par une minorité, ce qui cause des tensions et motive des manifestations et il devient de plus en plus difficile de convaincre la majorité que les décisions doivent être exécutées.

PHOTO : BGNES

Un des gros défauts dans le travail du gouvernement démissionnaire de Rossen Jélyazkov est selon les deux politologues l’absence d’une campagne d’information suffisamment longue et active à l’approche du passage à l’euro le 1er janvier 2026. Commentaire de Svétlin Tatchev :

PHOTO : archives

L’exécutif a pris beaucoup de retard sur cette campagne et ne s’y est mis qu’au dernier moment. Les craintes des citoyens bulgares subsistent donc, parce qu’on ne comprend pas le processus. D’autant plus qu’on nous a seriné pendant assez longtemps qu’il nous suffit d’entrer dans la zone euro pour automatiquement devenir membre du Club des riches. Mais ça, c’était uniquement le regard positif. A l’approche de la fin de l’année on a changé de narratif et on s’est mis à nous dire : « Il faut y aller plus doucement et se serrer la ceinture, parce que des turbulences sont possibles », résume Svétlin Tatchev d’après qui les processus qui se produiront les premiers mois de 2026 indiqueront comment toute cette année va se dérouler.

 

Yoan Kolev

Version française : Christo Popov