Auteur :
Tsvétana Tontchéva
mercredi 14 janvier 2026 13:35
mercredi, 14 janvier 2026, 13:35
PHOTO : unesco-ldv.com
Taille de la police
Figure légendaire de la musique du 20e siècle, le violoniste virtuose Vasko Abadjiev est considéré comme un musicien par moments touchant à l’absolu, à l’idéal rêvé de l’interprétation musicale. Pendant des décennies, cet artiste d’exception, violoniste, pianiste et altiste remarquable, compositeur et improvisateur, était presque relégué aux oubliettes. Pourtant, à la fin du siècle dernier, nombre de mélomanes déjà âgés se souvenaient encore de ses concerts éblouissants du début des années 1950. On racontait des légendes sur sa technique incroyable, sur les files d’attente gigantesques de personnes désirant s’acheter des billets. Beaucoup sont ceux, y compris des gens qui ne l’ont jamais entendu jouer en concert, qui se rappellent également des histoires anecdotiques sur son comportement perçu comme bizarre.
PHOTO : archives
Diplômé du Conservatoire de Bruxelles, son père, Nikola Abadjiev, était professeur de violon à l’Académie nationale de musique à Sofia. Sa mère, Lala Pipérova, avait fait des études de piano au Conservatoire de Munich. On dit qu’enfant, Vasko Abadjiev qui est né le 14 janvier 1926, n’a jamais pleuré. Toute son attention était dirigée vers le violon et le piano de ses parents.
Sa carrière est lancée de manière exceptionnelle : son premier concert a lieu quand il n’a que 6 ans. A l’âge de 9 ans, Vasko termine ses études secondaires. À 10 ans, il est récompensé d’un prix spécial au concours Ysaÿe à Bruxelles. À 12 ans, il obtient son diplôme avec mention du Conservatoire de Bruxelles et reçoit une médaille d’or au concours international Fritz Kreisler à Liège. Surnommé le nouveau Menuhin par les journaux belges, il est célébré dans toute l’Europe comme le violoniste du diable, le Paganini du XXᵉ siècle.
Les premiers 20 ans de la vie de Vasko Abadjiev sont marqués par ses triomphes en Europe. Il n’a que 21 ans quand il perd son plus grand soutien, son père. Son retour en Bulgarie en 1949 est triomphal, néanmoins il doit renoncer aux scènes mondiales qui sont remplacées par des concerts devant des collectifs ouvriers et paysans, avec quelques rares prestations en Hongrie, Tchécoslovaquie et dans d’autres pays dits "démocratiques".
PHOTO : archives.bnr.bg
Lors d’une tournée en 1956, dans le train de Prague à Budapest, il est attaqué, frappé à la tête et gravement blessé. Cet incident coïncide avec l’insurrection hongroise, après quoi Vasko Abadjiev ne retourne plus jamais en Bulgarie. Demeurant à l’Ouest sans autorisation des autorités bulgares, son nom est interdit et voué à l’oubli.
PHOTO : archives
Sa mère meurt en Allemagne en 1965. Après cette perte, Vasko Abadjiev se retrouve incapable de prendre soin de lui-même et de son art. A 48 ans, en 1974, le violoniste légendaire s’éteint dans la misère. Il n’y a qu’un seul journal à Hambourg qui annonce la mort du "violoniste du diable".
Le Prof. Vladimir Avramov
PHOTO : archives
Pourtant, le souvenir de lui ne
s’éteint pas. Dans une interview sur la RNB, le grand violoniste et pédagogue
Vladimir Avramov, déclare :
"Je pense que la mémoire perdure. Récemment, lorsque je donnais des concerts à travers le pays, beaucoup de personnes m’interrogeaient sur Vasko Abadjiev, on s’y intéressait. D’après moi, ses performances et son immense talent, non seulement au violon, mais en tant que musicien, ont marqué durablement notre réalité musicale. Même s’il existe des enregistrements de Vasko, personne ne peut vraiment se faire une idée de ses qualités de musicien. Il était à mon avis un interprète extraordinaire des partitas et sonates solo de Bach, une référence d’excellence musicale, au-delà de ses prouesses techniques, qui étaient elles aussi exceptionnelles."
En 2001, son cousin, Nikolay Pipérov, indique sur la RNB :
L’éclat dans les yeux des spectateurs, cet enthousiasme déchaîné du public après la fin du concert qui pouvait rester encore 25 minutes en criant sans cesse : " Vasko, Vasko, encore, bis ! ". Il répondait toujours aux désirs du public, prêt à prouver que pour lui, l’art venait avant tout. Hermann Abendroth qui a dirigé des concerts avec lui non seulement en Allemagne, mais aussi en Bulgarie, disant : " J’ai dirigé les plus grands violonistes du monde, mais Vasko Abadjiev est un phénomène unique".
PHOTO : archives
Comparé à Paganini, applaudi avec zèle à cause de sa
virtuosité inégalée et perfection musicale, le géni Vasko Avadjiev, a en partie
le même sort que Mozart. Il y a en effet quelque chose de mozartien aussi bien dans
son enfance de prodige que dans la fin de sa vie dans l’abandon et l’oubli.
Version française : Maria Stoéva
Chargé de publication : Maria Stoéva