Auteur :

Yoan Kolev

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Djoko Rossitch, une voix légendaire au service des "Émissions pour l’étranger"

lundi, 26 janvier 2026, 14:00

Djoko Rossitch (1932-2014)

Djoko Rossitch (1932-2014)

PHOTO : RBN - Archives

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L’une des voix les plus reconnaissables et les plus mémorables des ondes bulgares demeure étroitement liée à l’histoire de la radio publique. L'acteur d’origine bulgaro-serbe, Djoko Rossitch (1932-2014) est une figure emblématique du cinéma bulgare, ayant incarné plus de 110 rôles marquants dans de nombreux longs métrages. Sa trajectoire, jalonnée de faits singuliers, semble parfois avoir été écrite à l’avance. Né le 29 février 1932, une année bissextile marquée aux États-Unis par la tenue simultanée des Jeux olympiques d’été à Los Angeles et d’hiver à Lake Placid, Djoko Rossitch affirme dès l’enfance son désir de devenir journaliste. Contrairement à tant de rêves d’enfant, celui-ci se réalise. Alors qu’il poursuit des études d’économie à l’Institut supérieur d’économie "Karl Marx" (aujourd’hui l’Université d'économie nationale et mondiale), il rejoint la rédaction des "Émissions pour l’étranger" de la Radio bulgare, dont Radio Bulgarie est aujourd’hui l’héritière directe.

"J’ai intégré la radio à l’âge de dix-neuf ans et demi. J’ai longtemps travaillé comme traducteur-speaker pour les programmes destinés à la Yougoslavie, avant de devenir rédacteur à la rédaction centrale, qui produisait des contenus pour toutes les langues dans lesquelles nous diffusions", raconte Djoko Rossitch dans une interview accordée en 2002, conservée dans leFonds des archives sonores de la RNB.
"'Aux 'Émissions pour l’étranger', ne travaillaient que des personnes maîtrisant parfaitement les langues : c’étaient des intellectuels. C’est aussi pourquoi cette rédaction a compté de nombreux dissidents. Avec le regard d’aujourd’hui, on peut dire que nous faisions la propagande d’un parti ou d’un régime, mais je n’ai honte d’aucune ligne écrite à cette époque."



L’acteur confiera plus tard que les dix-sept années passées dans "l'ancienne Maison de la Radio", comme les employés appelaient affectueusement la radio, avaient été les plus belles de sa vie, même si elles laissaient parfois un goût d’amertume :

“À l’automne 1968, après les événements de Tchécoslovaquie, qualifiés alors de 'contre-révolution', une purge a eu lieu à la Radio. J’étais à ce moment-là citoyen yougoslave. On a décrété qu’aucun étranger ne pouvait travailler à la Radio, bien que les 'Émissions pour l’étranger' en comptaient beaucoup. Je pensais être épargné : j’étais un employé irréprochable. En 1960 ou 1961, j’avais même reçu le prix annuel de la Radio pour le meilleur reportage. Pourtant, trois mois après mon licenciement, ma femme, Liliana Lazarova, qui travaillait à la rédaction musicale des 'Émissions pour l’étranger', subit le même sort. Son seul tort était d’être mon épouse.”

PHOTO : Facebook/djokorositch

La Radio jouera également un rôle déterminant dans sa carrière cinématographique. Sur les conseils du directeur de l’époque, Micho Nikolov, Djoko Rossitch accepte une invitation des studios Boyana. Il prend un congé sans solde, tourne un film, puis retourne à la rédaction. Ce va-et-vient aurait pu se prolonger durant des décennies : profondément attaché à la Radio, Rossitch y avait noué de solides amitiés et jouissait de l’estime de ses collègues. Mais au début des années 1970 survient son licenciement définitif, à la suite d’un entretien avec le directeur de la Radio, Rad Kamenski :

"Ceux qui nous ont licenciés ont dressé une liste de nos noms et l’ont diffusée dans toutes les rédactions. Dans les médias, vous n’existiez plus : impossible d’écrire ou de produire quoi que ce soit. À cette époque, le cinéma était également à l’arrêt. Pendant près de quatre ans, j’ai survécu grâce à des amis dans la presse, qui me confiaient des travaux de correction. On me payait huit centimes par colonne, jusqu’au jour où l’on m’a proposé un poste dans les studios de cinéma."


PHOTO : archives.bnr.bg

Aujourd’hui encore, au sein de la rédaction serbe de Radio Bulgarie, le souvenir de Djoko Rossitch reste vivace. "Il était d’un charisme exceptionnelpar sa manière de parler, par sa présence, même par sa posture et son allure de cow-boy : grand, légèrement voûté, toujours coiffé de son chapeau", se souvient notre collègue Albena Djermanova, qui a eu l’occasion de le rencontrer.

PHOTO : Facebook/djokorositch

La voix grave et rauque de Djoko Rossitch continue de résonner sur les ondes, bien après sa disparition le 21 février 2014, preuve qu’une légende ne meurt jamais.


Version française : Svjetlana Satric