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mardi 10 février 2026 12:30
mardi, 10 février 2026, 12:30
Images de violence sur Internet – sentiment d’impunité et empathie défaillante
PHOTO : freepik.com
Taille de la police
Actuellement on assiste en Bulgarie à des révélations d’assouvissement de pulsions dépravées qui, ce qui plus est, sont dûment documentées. Filmer des actes de maltraitance animale, installer des caméras dans des salons de beauté et des cabinets de gynécologie, et partager les images sur des sites web pour adultes, cela présuppose que le coupable bénéficie de protections, qu’il croit peu probable que la police remonte jusqu’à lui, et finalement, qu’il est l’incarnation de la bêtise humaine. Cependant les psychologues expliquent ce phénomène par des sous-jacents troubles de la personnalité, doublés d’un déficit d’intégration sociale qui permettent à ce genre de comportement non seulement de se manifester, mais en plus s’ériger en norme.
L’expert en psychologie sociale Mcf Nikolay Dimitrov utilise le terme de déshumanisation de la victime pour expliquer pourquoi le fait de filmer et de diffuser des images de violence ou des nus non autorisés dans des espaces intimes, devient un divertissement pour l'auteur des faits.Il s’y mêle aussi le phénomène de la distance morale, du moment que le coupable ne peut voir les résultats de ses actes et que l'environnement lui procure l'anonymat et un sentiment d'impunité.
PHOTO : Ani Pétrova
"Le motif de ces violations des normes se résume au désir de dominer sur un être vivant et le contrôler, qu’il s’agisse d’un animal ou d’une personne, que ce soit relatif à son corps, à son espace personnel, aux souffrances provoquées par un tiers", affirme Nikolay Dimitrov. C'est un mécanisme de compensation d’un vide intérieur, d’un manque d'empathie, ou encore une manière de confirmer sa propre supériorité. Et du moment que de tels actes restent sans réaction institutionnelle morale, ils commencent à se reproduire."
Curieusement, il s'avère qu'en recourant à des excès pareils, la soif du lucre n’est qu’un mobile secondaire.En revanche, les publications sur Internet ou via les réseaux sociaux qui sont beaucoup visitées et reçoivent des réactions sous forme de Like ou Fake, de partages et des commentaires devient une source de prestige.Sur cette toile de fond, les personnes qui soupçonnent qu'il se passe quelque chose de pas très catholique choisissent souvent de s'éloigner.
"Le plus souvent, il s'agit de ce qu'on appelle bystander effect ou l'effet du spectateur, explique le psychologue. La probabilité de réagir, d’aider une victime diminue, à mesure qu’augmente le nombre des personnes qui savent ou soupçonnent qu’un méfait est commis. Car la responsabilité se dilue et chacun attend qu’un autre prenne l’initiative. Mais la peur de répressions joue aussi. Ce qui aboutit à des pratiques qui cultivent le silence prudent, la peur devenant un principe directeur et la passivité est souvent tolérée, bien que socialement nuisible."
PHOTO : freepik.com
Cette prudence, cette abstention, le fait de fermer les yeux, même en sachant qu’on pèche en silence, ça existe, sans pourtant s’appliquer à notre société dans son ensemble.
"Ce qu'il faudra avouer, ce sont les conditions sociales qui rendent parfois de tels outrages invisibles, estime Nikolaï Dimitrov. Les troubles de comportement prospèrent là où les normes sont instables, les sanctions aléatoires et la riposte publique a posteriori ou hésitante. Le plus dangereux ne réside pas dans l’excès lui-même, mais dans ce mur de silence, car c'est lui qui le rend possible."
Mais comment éduquer les gens à l’empathie ?
PHOTO : BTA
"De tous les acteurs sociaux, la famille arrive en premier, déclare le psychologue. Il y des parents trop occupés et qui ne prêtent pas attention à leurs enfants, et ces derniers ne disposent malheureusement pas d’autres ressources pour acquérir des compétences sociales essentielles. Par la suite, lorsqu'ils intègrent un cadre scolaire formel, on ne travaille non plus suffisamment avec eux, ce qui finit par les exclure. Un rôle non négligeable joue un facteur puissant dans la formation continue : la religion. Or, nous constatons la crise institutionnelle et morale que traverse l'Église orthodoxe bulgare, qui se retire de ses fonctions publiques.N’oublions pas les médias, qui sont un puissant moyen de socialisation ;donc, quand la violence médiatique, en particulier dans sa version visuelle, est un pivot de la programmation, elle devient norme et commence à être perçue comme un élément constitutif de la vie.
"C'est une bonne chose que la société réagisse, conclut le psychologue. Quant à savoir si les autorités judiciaires feront leur travail, j'espère qu'elles le feront, car l'un des mécanismes de contrôle social réside précisément dans les mesures, prises par les institutions."
Édition : Diana Tsankova
Version française : Ivan Batalov