Auteur :
Yoan Kolev
Actualité
samedi 14 février 2026 13:35
samedi, 14 février 2026, 13:35
PHOTO : Facebook /Tsvétan Dimov
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La vie de Tsvétan Dimov mériterait bien de devenir un roman ou d’être adaptée au cinéma. Né à Sofia, à l’âge de 12 ans, il part au Japon avec ses parents, tous les deux médecins. A part l’inévitable choc culturel à l’école japonaise, Tsvétan doit aussi s’habituer à la nouvelle façon dont on s’adresse à lui. En effet, à cause des spécificités phonétiques de la langue japonaise, son prénom devient Tsubetan.
"J’ai mis trois-quatre mois à apprendre les deux alphabets japonais : le hiragana et le katakana. J’ai commis la faute de commencer avec le katakana qui n’est employé que pour les noms et les mots d’origine étrangère", relate Tsvétan. "A un moment donné, je me suis rendu compte que je ne pouvais lire que mon nom et l’inscription sur les pots de yaourt : ブルガリア (prononcé Burugaria). Quand on me demandait d’où je venais, je répétais ce mot. Alors, on ne cessait de rigoler à l’idée que je pouvais sortir d’un pot de yaourt."
Pour apprendre la langue, il faut connaître la culture et la façon de penser des gens, à l’instar des "deux visages", privé et public, des Japonais désignés par les termes honne (本音, "le vrai son") et tatemae (建前, "la façade"). Le tatemae correspond à ce qui est attendu par la société et nécessaire selon la position et les circonstances, alors que le honne sont les véritables sentiments et désirs d’une personne.
PHOTO : Pexels
D’après Tsvétan Dimov, à Tokyo, les gens ont de l’intérêt pour la langue et la culture bulgares. De plus en plus de Japonais apprennent cette langue slave. Il y a même des concours d’éloquence qui sont organisés en bulgare :
"Depuis l’année dernière, l’ambassade bulgare à Tokyo a commencé à organiser des concours d’éloquence en bulgare pour les Japonais. Au Japon, il y a deux universités, à Hokkaido et à Tokyo, qui proposent des cours de bulgare et les Nippons apprennent déjà de manière plus approfondie la langue et la culture de Bulgarie. Ils aiment voyager en ce pays et il y en a même qui vivent ici. Ils apprécient beaucoup les Rochers de Bélogradtchik, le Monastère de Rila, l’Eglise de Boyana, Varna, Bourgas, Smolyan, les Rhodopes…"
Comme la Bulgarie se trouve sur le même parallèle que l’île du Nord Hokkaido, les Japonais savent qu’ils peuvent faire du ski en venant en Bulgarie. Beaucoup de moniteurs de ski au Japon sont d’ailleurs des Bulgares.
PHOTO : Ambassade de Bulgarie au Japon
Pendant un moment à Tokyo, Tsvetan a travaillé comme vendeur de produits bulgares à base de rose – huile essentielle, hydrolat, rakia, vin. Selon lui, les Japonais apprécient les produits naturels bulgares et connaissent depuis déjà longtemps bien davantage de choses sur la Bulgarie, au-delà du yaourt, du vin et de la légende bulgare du sumo Kaloyan Mahlyanov – Kotoōshū.
Plus tard, Tsvétan est devenu maître de calligraphie.
"Ma première rencontre avec le papier de riz a eu lieu à l’école. On m’a dit de garder ma main inclinée à 90 degrés, de ne pas m’inquiéter à l’idée de faire des erreurs et de rester concentré. On tient la brosse comme un stylo à bille et on écrit avec élan. D’ailleurs, il faut toujours écrire sur le côté lisse du papier de riz, car sur le côté granuleux, l’encre bave. Alors, avant d’écrire, il faut toujours toucher le papier devant soi", explique Tsvétan.
PHOTO : Bulgaria Wants You
Quand il rentre en Bulgarie en 2020, Tsvétan décide d’aider les enfants de familles bulgares au Japon de ne pas perdre leur lien avec la Bulgarie. Ainsi voit le jour une école en ligne qui perdure jusqu’à la création de l’école auprès de l’ambassade bulgare à Tokyo.
Aujourd’hui, Tsvétan vit à Sofia et travaille avec les deux langues, le bulgare et le japonais. Il n’a pas eu de mal à trouver un débouché, y compris en bénéficiant de l’initiative "Bulgaria wants you" qui met en contact des employeurs avec de jeunes Bulgares hors du pays.
En retournant en Bulgarie il y a 6 ans, il vit quand-même un choc culturel inversé. Qu’est-ce qui l’a surpris ?
"Parfois j’ai l’air beaucoup trop radieux et souriant et je peux paraître bizarre aux gens. En outre, il n’y a pas de chats et chiens errants au Japon. Les municipalités les recueillent et s’en occupent. Cela m’a pris du temps pour m’habituer à la circulation, car là-bas les voitures ont le volant à droite et roulent du côté gauche, tandis qu’ici, c’est à l’envers. J’ai compris qu’en Bulgarie l’essentiel est de penser ''en dehors de la boîte'', avoir de l’imagination et ne pas se faire de soucis. Malgré tout, je pense qu’il est bien plus difficile de conduire à Sofia qu’à Tokyo."
Version française : Maria Stoéva
Chargé de publication : Maria Stoéva