Joyeux anniversaire, Radio Bulgarie !

Le service français de la Radio nationale bulgare souffle ses 90 bougies

lundi, 16 février 2026, 08:30

Joyeux anniversaire, Radio Bulgarie !

PHOTO : Radio nationale bulgare

Taille de la police

Institution discrète pour le public national mais familière aux auditeurs étrangers, Radio Bulgarie, branche multilingue de la Radio nationale bulgare, célèbre cette année neuf décennies d’existence. Héritière des premières émissions internationales lancées sur ondes courtes en 1936 sous le nom de Radio Sofia, elle s’est donné pour mission de raconter le pays au monde. Dès le 1er mai 1937, la langue française figurait parmi celles choisies pour porter cette voix au-delà des frontières, aux côtés de l’anglais, de l’allemand et de l’italien. Depuis lors, malgré les bouleversements politiques, les évolutions technologiques et la raréfaction des moyens, la rédaction francophone a continué d’incarner un lien privilégié entre Sofia et l’espace culturel francophone.

Tchavrar Arnaudov

PHOTO : archives personnels

Au fil des décennies, cette rédaction a été animée par des traducteurs, journalistes et passeurs de culture dont la contribution dépasse le simple exercice de traduction.

Tchavdar Arnaoudov, qui en a assuré la direction pendant plus de trois décennies, se souvient d’un lieu où l’exigence linguistique se conjuguait à une curiosité ouverte sur le monde : il évoque le travail aux côtés de traducteurs parmi "les meilleurs de et en français", et la relation attentive entretenue avec des auditeurs parfois lointains mais fidèles, jusqu’à ces clubs d’écoute français dont les membres, intrigués par leurs programmes, on fait un jour le voyage jusqu’à Sofia pour rencontrer ceux qu’ils n’avaient connus que par la voix.

Quelques collègues du service français de Radio Bulgarie (de gauche à droite) : Roumyana Markova, Roumen Milyov, Kréména Sirakova, Tchavdar Arnaoudov, Ivan Avouski

PHOTO : Musée d'histoire de la radio en Bulgarie

Bien avant lui, d’autres trajectoires singulières avaient croisé le Service français. Celle de Guéorgui Anguélov, aujourd’hui figure médiatique et traducteur majeur de la littérature française contemporaine en bulgare, illustre l’influence formatrice de cette expérience. Son entrée à la radio dans les années 1980, encore étudiant, a constitué un premier contact avec un métier où la rigueur dominait l’expression personnelle :

"La première fois que j’ai mis les pieds à la Radio nationale bulgare, c’était quand j’étais encore étudiant et nous diffusions des programmes destinés aux touristes internationaux… […] Aucune chance d’être créatif à cette époque, il fallait s’en tenir strictement à la traduction, sans improviser."

Guéorgui Anguélov

PHOTO : La Télévision publique

Malgré la brièveté de ce passage, l’apprentissage a été décisif. Le micro lui a offert un terrain d’exercice pour la traduction spécialisée et l’interprétation, sans jamais détourner son regard de ce qu’il considère comme sa véritable vocation :

"La radio m’a permis de me confronter à la traduction spécialisée… Mais je dirais que mon vrai métier est la traduction, pas tellement l’animation."

Son témoignage rappelle que la rédaction francophone n’a jamais été seulement un atelier d’information internationale, mais aussi un lieu de formation intellectuelle, où la langue se cultive comme un art et une responsabilité : "Il est important d’entretenir une langue… Il faut être à la hauteur, suivre toujours les nouveautés."

 

PHOTO : Ivaylo Mihaylov

À travers ces parcours et ces souvenirs, se dessine l’identité d’un service qui a su, génération après génération, conjuguer fidélité linguistique et ambition culturelle. Aujourd’hui, à l’ère du numérique, Radio Bulgarie continue de produire des contenus en ligne et des podcasts en français, perpétuant cette tradition d’ouverture. Loin des projecteurs, mais fidèle à sa mission initiale, la rédaction francophone demeure l’une des incarnations les plus anciennes et les plus constantes de ce dialogue entre la Bulgarie et le monde francophone, une conversation commencée sur les ondes courtes et poursuivie, désormais, sur la toile.

Chargé de publication : Maria Stoéva