Auteur :
Lubomir Kolarov
Actualité
lundi 16 février 2026 12:00
lundi, 16 février 2026, 12:00
Antoinéta Radoslavova
PHOTO : Lubomir Kolarov
Taille de la police
La voix de la radio était une fenêtre sur le monde, surtout dans les années d’accès limité à l’information quand les ondes radio reliaient les continents. A l’occasion des 90 ans de Radio Bulgarie nous nous entretenons avec notre ancienne collègue Antoinéta Radoslavova qui est aujourd’hui conservatrice du Musée de l’histoire de la Radio en Bulgarie.
Dès le début elle nous parle de son contact personnel avec notre média :
Je suis heureuse d’être dans le studio de Radio Bulgarie, un média que j’aime et que j’ai dans un certain sens étudié dans un de mes livres qui est consacré à la musique de la radio bulgare entre 1930 et 1944.
Après avoir pris sa retraite, Antoinéta Radoslavova continue ses travaux de recherche. En 2012 elle est invitée par Zahari Milenkov, fondateur et premier conservateur du Musée de la Radio. Au début elle refuse, parce qu’elle travaille à son livre sur l’histoire de Radio Sofia, mais deux ans plus tard elle accepte son invitation et fait partie de l’équipe du musée depuis déjà 12 ans.
Parmi les documents d’archives les plus précieux elle mentionne des enregistrements de la cantatrice Guéna Dimitrova et des entretiens avec l’intellectuel Pétar Ouvaliev. Elle se souvient en particulier de ses paroles dans un entretien avec Galya Siriiska du service des Bulgares expatriés sur la capacité de la radio de passer outre les divisions et surmonter la haine :
Les ondes radio ont franchi les tranchées de la haine. La radio nous apprenait à ne pas haïr.
Pétar Ouvaliev
PHOTO : RNB
Radio Bulgarie a une mission claire : "montrer combien la Bulgarie est un pays intéressant, montrer sa culture et sa musique". Dès 1936 sont diffusées des émissions musicales de 30 minutes à l’intention des Bulgares de l’étranger qui présentent aussi bien aux Bulgares qu’aux étrangers notre folklore musical unique. Ensuite commencent les émissions en français, anglais, allemand, italien, espagnol, polonais, tchèque, serbo-croate, albanais, roumain, grec, turc, pour un temps aussi en arabe, il y a même eu pour un temps un service "Afrique".
Au début des années 90 les programmes pour l’étranger prennent le nom « Radio Bulgarie », mais en 2012 les émissions en ondes courtes et moyennes cessent et le média passe entièrement sur internet.
PHOTO : Lubomir Kolarov
Le musée conserve documents, enregistrements et équipements techniques de diverses époques comme une lampe à mercure de Radio Stara Zagora qui a fonctionné pendant 60 ans sans interruption. Les visiteurs peuvent y voir les anciens micros dont certains datent des années 50.
Mais pour Antoinéta Radoslavova le plus important reste la mémoire des gens :
Outre les objets, les consoles de mixage, les magnétophones, les anciens récepteurs radio nous nous efforçons de conserver la mémoire de tous ceux qui ont travaillé à la radio, parce que la radio doit garder le souvenir de ses journalistes, ses traducteurs, ses animateurs et tous les autres qui lui ont consacré plusieurs décennies de leurs vies.
PHOTO : Lubomir Kolarov
Parmi les trésors de Radio Bulgarie elle distingue la série "Folk studio" de Roumyana Panayotova. Le musée conserve un gros dossier de ses émissions consacrées aux chansons, danses et traditions bulgares. Un souvenir curieux du début des années 90 est une lettre du Japon où un auditeur s’étonne d’entendre de la musique bulgare moderne sur les ondes.
Si elle pouvait faire revivre un moment du passé, Antoinéta Radoslavova reviendrait au début des émissions sur ondes courtes. Les archives contiennent des centaines de lettres d’Europe, du Maghreb, de Syrie, des États-Unis, témoignages de la force du signal et du lien avec les auditeurs :
PHOTO : Lubomir Kolarov
Je reviendrais au moment passé où les Bulgares s’efforçaient de faire des émissions sur ondes courtes, encore hésitants quant à leurs connaissances techniques, mais encouragés par les centaines de lettres reçues. Certaines donnaient des informations précises sur la qualité du son, qui s’avérait excellente, meilleure que celle de stations radio locales.
PHOTO : Lubomir Kolarov
Aujourd’hui les technologies ont changé, mais la mission reste la même. Radio Bulgarie continue de raconter notre pays au reste du monde et le Musée de l’histoire de la radio conserve non seulement des appareils et autres équipements techniques, mais aussi la mémoire de plusieurs générations de professionnels : rédacteurs, traducteurs et animateurs. Le son ne disparaît pas, il subsiste, comme une mémoire culturelle et une communauté allant au-delà des distances.
PHOTO : Musée de l'histoire de la Radio
Lubomir Kolarov
Version française : Christo Popov
Chargé de publication : Christo Popov