Auteur :
Tsvétana Tontchéva
mardi 17 février 2026 14:05
mardi, 17 février 2026, 14:05
PHOTO : archives
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L'année 2026 marque le 120e anniversaire de la naissance d’Assen Ovtcharov, figure de proue de la musique bulgare, un des premiers musiciens en Bulgarie à être séduit par le jazz. Sa contribution à ce genre populaire est inestimable. Chef d’ensembles de jazz, compositeur et arrangeur, surnommé "le père" et "le fondateur" du jazz bulgare, il occupe une place centrale dans l’histoire de la culture contemporaine en Bulgarie.
La carrière d’Assen Ovtcharov commence avec la création des premiers orchestre de jazz dans le courant des années 1930. Avec son talent et son érudition hors normes, il cultive les goûts esthétiques en initiant le public bulgare à l’art du jazz. Lors des deux dernières décennies de sa vie, Ovtcharov a été victime de violentes répressions en raison de la conjoncture politique à la fin des années 1940 quand le jazz est marginalisé et poussé hors des courants musicaux légitimes. Malgré tout, jusqu’à la fin de sa vie, il demeure fidèle à ce genre irrésistible respirant le mystère et l’élégance.
Vladimir Gadjev
PHOTO : iztok-zapad.eu
Né à Harmanli en 1906, Assen Ovtcharov a
abandonné ses études de chimie à l’Université de Sofia quand il décide de faire
de la musique sa vocation. Au début de sa carrière, il est pianiste dans les
orchestres de Boris Léviev. On considère généralement que le premier orchestre
de jazz en Bulgarie a été créé en 1937 et qu’il s’agit du célèbre Jazz Ovtcharov.
Il y a une vingtaine d’années, le critique Vladimir Gadjev indique pourtant :
"L’orchestre de jazz de la radio a été fondé à l’initiative de Dimitar Nenov en 1936. En Bulgarie, on a tendance à croire que le premier orchestre de jazz a été créé en 1960, le Big Band. Non, le premier orchestre de jazz voit le jour en 1936. Le premier chef et musicien qui participe à la création du jazz bulgare, c’est Assen Ovtcharov. "
Jazz Ovtcharov
PHOTO : archives
Le premier concert officiel du grand Jazz Ovtcharov a eu lieu en 1938 au cinéma Royal (aujourd’hui Théâtre "Armée bulgare"). Il connaît un énorme succès. Dans la salle, il y a des impresarios internationaux qui proposent à l’orchestre de signer un contrat pour faire une grande tournée en Amérique du Sud. Toujours d’après Vladimir Gadjév, des photos et des supports publicitaires et tout le nécessaire pour la campagne promotionnelle avait été assuré pour la tournée qui ne s’est toutefois pas concrétisée, probablement en raison de conditions financières inacceptables.
Dans les années suivant la Seconde guerre mondiale, le jazz devient de plus en plus populaire en Bulgarie. En 1941, un théâtre de variétés ouvre au Casino de la ville (aujourd’hui, Galerie d’art e la ville de Sofia). Son directeur, l’artiste d’opérette Anguel Sladkarov, recrute Jazz Ovtcharov en tant qu’orchestre principal du théâtre. Après la guerre, la vie musicale dans la capitale reprend son cours. Les deux plus grand ensemble, Jazz Ovtcharov et Le Jazz des Optimistes s’alternent à l’affiche.
PHOTO : jazzfm.bg
Dans une interview sur la RNB datant de 2002, Dimitar Ganev, saxophoniste, clarinettiste et chef d’orchestre, un des créateurs du Big Band de la RNB, se rappelle de l’invitation qu’il a reçu de se joindre à l’orchestre d’Ovtcharov, qu’il appelle "une personne haute en couleur et extrêmement productive" qui d’ailleurs avait le don extraordinaire de transcrire des partitions entières à l’oreille.
Dimitar Ganev
PHOTO : Archives familiales de Maria Ganeva
En 1948 a été constitué un orchestre de jazz rassemblant toutes les sections, le premier du pays. Il fait ses débuts à la Maison de l’officier, établissement soviétique, cependant les répressions du régime totalitaire ne se font pas attendre. Assen Ovtcharov est une des premières victimes, arrêté et accusé d’espionnage en faveur des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. Certes, il avait visité leurs missions diplomatiques mais seulement pour se procurer des partitions originales. Une des accusations absurdes contre lui était qu’il aurait essayé de "jazzifier" et "caricaturer" l’Internationale, le chant révolutionnaire qui était également l’hymne officiel de l’Union soviétique entre 1922 et 1944.
Jazz Ovcharov se dissout. Son fondateur passe plusieurs années en prison et dans le camp de concentration de Béléné. Une période d’internement à Plovdiv s’ensuit, où Ovtcharov enseigne l’accordéon à l’Ecole de musique et devient le chef de l’Ensemble de chants et danses de Radio Plovdiv avant de refonder un orchestre de jazz avec de nombreux jeunes musiciens. Il s’éteint à Plovdiv en 1972.
Le 24 mai 2001, Assen Ovtcharov reçoit une distinction honorifique du ministère de la Culture à titre posthume. Malgré toutes les épreuves et difficultés, Assen Ovtcharov reste toujours fidèle à son genre de musique préféré et parvient à l’ancrer durablement dans le paysage culturel de Bulgarie.
Version française : Maria Stoéva
Chargé de publication : Maria Stoéva