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Iliya Pachov crée dans une "Chambre blanche", érigée en espace sacré

L’exposition posthume consacrée à l’artiste rappelle la mémoire d’un créateur d’une délicatesse rare, qui choisit le retrait plutôt que le vacarme du monde

dimanche, 22 février 2026, 13:30

Iliya Pachov crée dans une "Chambre blanche", érigée en espace sacré

PHOTO : Diana Tsankova

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Dans un univers préservé de la laideur et des clameurs de ceux qui rivalisent à produire le mal, Iliya Pachov a façonné une œuvre où affleurent la pureté, l’humilité, la suffisance intérieure d’une âme accordée à elle-même. Moins d’un an après son départ, ses gravures et dessins, présentés à la galerie-librairie Sofia Press, nous offrent une leçon de douceur : préserver en nous le silence afin d’entendre l’appel pour lequel, brièvement, nous sommes envoyés sur cette terre.

"Toute ma vie, j’ai aspiré à une pièce aux murs blancs, littéralement. Y entrer pour dessiner, et rien de plus." Dans une lettre adressée à son ami Mikhaïl Filipov, l’artiste confiait ce rêve d’une création préservée des scories du réel, protégée par la blancheur immaculée des murs.

PHOTO : Diana Tsankova

"Iliya Pachov est véritablement un outsider classique, si l’on peut appeler ainsi un homme qui choisit de vivre et de travailler dans l’isolement, non par fuite, mais comme un geste de sauvegarde intérieure", explique la commissaire de l’exposition, Olympia Daniel. "Nous découvrons un tempérament qui a consciemment façonné son rapport au monde et à un art profondément singulier, presque radical, malgré une formation académique classique. J’espère que chaque visiteur trouvera dans ses œuvres la preuve de cette délicatesse, de cette pureté, de ce silence qui semble constituer le principe même de son modus vivendi."

PHOTO : Diana Tsankova

C’est précisément "Chambre blanche" que la commissaire a retenu pour titre : tentative d’interprétation de ce refuge intime où l’auto-isolement devient position esthétique. Que se transpose-t-il, de cet espace intime, sur les murs immaculés de la galerie ?

PHOTO : Diana Tsankova

"Nous avons voulu nous approcher au plus près de son idée d’un paradis artistique, rappeler ce désir et, d’une certaine manière, l’accomplir", répond l’historienne de l’art. "L’exposition rassemble des œuvres de différentes périodes, ainsi qu’un petit fonds d’archives où les visiteurs découvriront plusieurs lettres. Il y décrit son aspiration à la simplicité, à la pureté, à un espace sacré où l’artiste se sente en paix, aspiration d’autant plus compréhensible en un temps où le silence, le calme, le lieu de la réflexion, et plus encore celui de la création, se font rares. Cette chambre blanche est, en vérité, profondément thérapeutique."

PHOTO : archives personnelles

Né en 1938 à Gabrovo, diplômé en 1968 de l’Académie nationale des beaux-arts en illustration, Pachov subit l’influence de l’école du moderniste italien Giorgio Morandi et de ses principes de "silence métaphysique", qu’il découvre grâce à son professeur Veselin Staïkov. Au début de sa carrière, il travaille dans la scénographie et le graphisme appliqué, puis se consacre à la conception et à l’illustration de livres.

PHOTO : Diana Tsankova

À la suite des changements démocratiques, il présente des expositions personnelles à Galleri 88 et à Paepkegården, à Strömstad, en Suède. Un perfectionnement en lithographie auprès du légendaire institut américain Tamarind a marqué un tournant décisif : nouvelles techniques, transparences aériennes, pureté inédite du détail. "C’est là que s’opère une transformation décisive de sa vision. Les graveurs bulgares sont d’un niveau remarquable ; se distinguer parmi de tels professionnels exige un courage rare", ajoute Olympia Daniel. Les œuvres d’Iliya Pachov figurent aujourd’hui dans des collections en Italie, en France, en Angleterre, en Suède, aux États-Unis, au Japon et ailleurs.

PHOTO : Diana Tsankova

Artiste discret, doté de finesse et d’érudition, il révèle son intériorité non seulement à travers des images situées entre le divin et le terrestre, mais aussi dans les mots qu’il adresse à ses amis – des mots qui demeurent.

PHOTO : Diana Tsankova

"La plus belle chose a été de revoir (même à la fin de l’automne) le champ au-dessus duquel se dresse une petite église pointue – te souviens-tu ? – entre Uddevalla et Tanum, près de Dingle. Le terrain lui-même, semé de blé doré, le grand ciel bleu et la petite église élancée entre les deux : voilà une image qui m’attire profondément et me parle de la vie sur terre. Si j’en avais la possibilité, j’y vivrais humblement, dans une méditation sur la condition humaine", écrit-il dans l’une des lettres présentées dans l’archive prêtée par ses amis. Dans ces lignes se dessine la même image épurée, libérée de tout superflu, et ce même élan vers la simplicité que l’on retrouve dans ses œuvres.

PHOTO : Diana Tsankova

"Ses lettres révèlent un désir d’ascèse et de contemplation humble, et leur transposition en images prouve qu’il existe des artistes dont la présence ne se mesure pas à l’intensité de leurs apparitions publiques, mais à la profondeur de leur absence consciente du bruit du jour", conclut Olympia Daniel à propos de la vie d’un créateur qui vit le temps qui lui est donné dans une quête ininterrompue du divin.

L’exposition consacrée à Iliya Pachov, présentée au 29, rue Slavyanska à Sofia, est visible jusqu’au 13 mars.


Version française : Svjetlana Satric

Chargé de publication : Svjetlana Satric