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Guérgana Christchéva et le podcast de la RNB au service de la santé

Plus de 200 épisodes, des centaines de témoignages de patients et d’experts, pour apprendre aux Bulgares à prendre soin de leur santé

mardi, 24 février 2026, 13:05

Guérgana Christchéva et le podcast de la RNB au service de la santé

PHOTO : Rossitsa Petkova

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La santé concerne chacun d’entre nous du patient au médecin, du parent au citoyen engagé qui aspire à une vie plus saine. En Bulgarie, où la mortalité évitable et la pénurie de professionnels de santé atteignent des niveaux préoccupants, le débat sur la prévention et l’accès aux soins est plus qu’une nécessité : il relève de l’urgence publique.

Avec plus de 200 épisodes réunissant près de 500 invités – médecins, chercheurs, experts, patients et représentants d’associations – le podcast "Au cœur du système" de la Radio nationale bulgare (RNB) s’est imposé comme un format de référence en journalisme de santé. Sa créatrice et animatrice, Guérgana Christchéva, est journaliste spécialisée en santé depuis plus de 22 ans pour la chaîne info "Horizon" de la radio publique et auteure de plusieurs émissions thématiques.

Avec Rossitsa Petkova de Radio Bulgarie

PHOTO : Rossitsa Petkova

"L’idée de ce podcast est de proposer des conversations thématiques, fondées sur des informations fiables et fournies par des spécialistes reconnus, au service de la société. C’est sans doute dans le domaine de la santé que circulent le plus de mythes, de légendes, de spéculations et de fausses nouvelles. Notre objectif est d’offrir une alternative : une information précise et vérifiée, présentant l’ensemble des points de vue. Lorsque nous abordons une maladie précise sans intégrer de témoignages de patients, je m’efforce d’inviter les experts les plus établis et de vérifier qu’ils sont également respectés par les patients."

Le podcast a reçu plusieurs distinctions prestigieuses et, en janvier dernier, Guérgana Christchéva a été récompensée par le prix annuel de journalisme radiophonique "Sirak Skitnik" décerné par la RNB.

PHOTO : Annie Petrova

Pendant de longues années, dans les forums et les conférences de presse, la journaliste a entendu répéter que "le patient est au centre du système". Un cliché qu’elle a choisi de prendre au mot, pour replacer réellement l’individu au cœur du débat – à travers ses histoires, à travers des thèmes qui touchent son quotidien. "Le podcast a largement dépassé son idée initiale et couvre désormais des dizaines de domaines médicaux", confie-t-elle.

La Bulgarie reste l’un des pays de l’Union européenne où le taux de mortalité évitable figure parmi les plus élevés – pourquoi continuons-nous à occuper les premières places de ce sombre classement ?

"Les données montrent que la Bulgarie occupe effectivement les premières places en matière de mortalité et de morbidité liées aux maladies cardiovasculaires, suivies par le cancer. Le Bulgare défend avec rigueur ses droits, cherche volontiers un premier, un deuxième, voire un troisième avis médical, mais se rend trop tard dans un établissement de santé. C’est là que réside la première cause de la mortalité élevée dans ces pathologies : la consultation tardive. Cela tient à notre mentalité, qui ne place pas la santé au premier plan. Les Bulgares ne s’alimentent pas aussi sainement qu’ils le pourraient, se laissent influencer par de fausses informations véhiculées sur Internet et font trop peu d’exercice. Le sport de masse, l’obésité, le stress, la dépression – tout cela est lié."

Guérgana Christchéva et Prof. Ivelin Takorov

PHOTO : AMM

Pourquoi cette consultation tardive ? "La prévention existe en Bulgarie, mais nous ne l’utilisons pas", déplore Gergana Hristcheva.

"J’ose affirmer que nous disposons, grâce à l’assurance maladie, de tous les examens préventifs nécessaires et gratuits, qui pourraient réellement nous permettre de rester en bonne santé si nous les réalisions aux moments recommandés. Ces dernières années, plusieurs programmes de dépistage de grande qualité ont été mis en place, notamment pour le cancer de la prostate chez les hommes et la mammographie chez les femmes. Le système “E-zdrave” a également été lancé : un dossier médical numérique que chacun peut installer sur son téléphone, offrant un suivi permanent des examens à venir ainsi que de ceux déjà effectués."

PHOTO : Système national d'information sanitaire

Un autre défi majeur réside dans l’aggravation de la pénurie de personnel médical.

"En nombre de médecins par habitant, nous disposons d’un effectif suffisant. Le problème concerne les infirmières, dont le nombre diminue d’année en année. Elles seraient environ 22 000 actuellement. Il nous en faudrait deux à trois fois plus pour qu’une infirmière ne s’occupe pas de plus de cinq patients. Il n’est pas rare qu’elles en prennent en charge quinze à vingt. À l’hôpital d’hématologie de la capitale, par exemple, les techniciens de laboratoire clinique manquent. Ce sont eux qui traitent les échantillons après biopsie et jouent un rôle clé dans l’identification du type de tumeur. Un seul technicien peut être amené à analyser de nombreux échantillons. La fatigue peut entraîner des erreurs lourdes de conséquences. Les aides-soignants et le personnel de soutien font également défaut, en raison de salaires insuffisants et de conditions de travail difficiles."

PHOTO : BGNES

La journaliste observe toutefois des évolutions encourageantes.

"Des médecins partis travailler à l’étranger au cours des dix à quinze dernières années commencent à revenir en Bulgarie. D’excellents spécialistes – gastro-entérologues, urologues, chirurgiens vasculaires. La Bulgarie offre désormais des équipements médicaux de niveau mondial, les hôpitaux sont de plus en plus modernes. La rémunération, au regard du travail accompli ici, est devenue adéquate."

Parmi les thèmes les plus écoutés du podcast figurent la démence, le syndrome métabolique et l’obésité, les hernies discales, la convention collective du secteur de la santé bulgare, ainsi que la présence des seniors sur TikTok. Les questions de santé mentale et de santé infantile suscitent également un vif intérêt.

PHOTO : RNB

"De plus en plus de Bulgares, y compris les parents bulgares, cherchent une aide psychologique et psychiatrique. Je pense qu’ils ont cessé d’en avoir honte ni de crainte. Mais un problème majeur subsiste : une grande partie des soins en santé mentale n’est pas couverte par l’assurance maladie. Il n’existe pas encore de réglementation ni de loi encadrant pleinement cette prise en charge. Les patients doivent donc payer eux-mêmes ces services. Nous disposons néanmoins de très bons psychologues."

Dans un monde saturé de bruit informationnel, le podcast « Au centre du système » de la RNB démontre que le journalisme de santé peut relever d’une véritable mission civique. Dans un pays où la mortalité évitable demeure parmi les plus élevées de l’Union européenne, où la prévention existe mais reste négligée, et où l’hôpital national pédiatrique n’est encore qu’un projet, de telles plateformes contribuent à bâtir une culture de la santé – pierre angulaire d’une société plus consciente et plus responsable.


Version française : Svjetlana Satric