"Voleuse d’instants" – Petya Petrova entre le pinceau et l’objectif

samedi, 7 mars 2026, 13:15

"Voleuse d’instants" – Petya Petrova entre le pinceau et l’objectif

PHOTO : Archives personnelles de Petya Petrova

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Loin de sa patrie, mais plus proche d’elle que jamais : tel est le paradoxe qui définit le parcours de Petya Petrova. Installée en Allemagne depuis vingt-cinq ans, elle n’a jamais cessé de faire vivre, sur la toile comme à travers l’objectif, la beauté des femmes bulgares, la magie des costumes traditionnels et le pouls vibrant du folklore national. Pour elle, l’art n’est pas un simple élan d’inspiration : il est un acte de transmission, une manière de préserver et de léguer aux générations futures une parcelle de la Bulgarie.

Diplômée en peinture de l’Université de Veliko Tarnovo "Saints-Cyrille-et-Méthode", Petya Petrova enseigne d’abord les arts plastiques dans trois lycées de sa ville natale, Gorna Oryahovitsa. En 2000, un concours de circonstances la laisse sans emploi. Elle décide alors de chercher une réalisation professionnelle à l’étranger, malgré l’attachement profond qu’elle nourrit pour ses racines. "J’ai choisi l’Allemagne parce que je pensais que là-bas les rêves se réalisent d’un seul coup. Eh bien, ce n’est pas exactement ainsi", confie-t-elle aujourd’hui. À Aix-la-Chapelle, où elle vit depuis un quart de siècle, elle travaille dans le domaine social. Mais son cœur appartient à la peinture et à la photographie. Elle peint chaque jour, le plus souvent le soir, comme on cherche un refuge après les exigences du quotidien. L’éloignement, raconte-t-elle, lui a permis de redécouvrir la Bulgarie comme source inépuisable de beauté et d’inspiration. Elle affectionne particulièrement les figures féminines vêtues de costumes traditionnels authentiques. Ses œuvres, peuplées de figures féminines drapées de costumes authentiques, évoquent par leur intensité lumineuse l’héritage de Vladimir Dimitrov, le Maître.

PHOTO : Archives personnelles de Petya Petrova

"Je peins des tableaux dédiés au folklore bulgare – la beauté de la femme bulgare, nos costumes, nos coutumes, tout ce qui touche à la Bulgarie. Pendant un temps, ma nièce a été mon modèle préféré, car, selon moi, elle correspond à l’idéal de la femme bulgare, hier comme aujourd’hui. En ce moment, une jeune fille adorable est devenue ma nouvelle muse. Elle danse dans notre groupe folklorique à Aix-la-Chapelle. Chaque Bulgare, où qu’il se trouve, ne doit pas oublier ses racines. Un tableau demeure longtemps, en peignant, j’essaie de transmettre une part de Bulgarie aux générations suivantes."

PHOTO : Archives personnelles de Petya Petrova

Petya Petrova expose en Bulgarie comme à l’étranger. Elle est la première artiste bulgare à avoir été invitée à présenter ses œuvres dans l’un des bâtiments du Parlement européen à Bruxelles.

Mais la peinture n’est qu’une moitié de son univers. L’autre passion qui l’habite depuis l’enfance est la photographie.

"J’étais à l’école primaire lorsque mon père a décidé de se consacrer sérieusement à la photographie. Il a aménagé le sous-sol en laboratoire. La première fois que j’y suis entrée, fascinée par cette pièce rougeoyante, j’ai été saisie par l’idée même de développer mes propres clichés. À l’époque, c’était un processus complexe", se souvient-elle.

Elle garde un souvenir précis du premier appareil passé entre ses mains : un ancien Zenit.

PHOTO : Facebook / Petya Petrova

"C’était l’appareil de mon père, dont il était très fier. Cela me fait sourire aujourd’hui, parce qu’à l’époque je ne comprenais rien, mais j’avais un immense désir d’apprendre à photographier."

Petya Petrova aime capter le mouvement – celui des êtres humains, celui des animaux. Elle organise elle-même des excursions photographiques vers des lieux qui stimulent son imagination créatrice.

"J’aime photographier tout ce qui touche au mouvement. J’adore les chevaux. Même dans les portraits, j’essaie d’introduire une dynamique. Lorsque je photographie des personnes, je cherche un geste, une tension, pas seulement une émotion… La photographie, c’est une forme de participation et de plaisir : saisir le bon moment, sous le bon angle, avec suffisamment d’expressivité. Cela procure la même satisfaction que de peindre un tableau."

PHOTO : Facebook / Petya Petrova

Depuis vingt-cinq ans en Allemagne, la nostalgie de la Bulgarie ne l’a jamais quittée. Le folklore occupe ainsi une place centrale dans son œuvre. Elle affectionne particulièrement les festivals en Bulgarie, où les couleurs et les émotions atteignent une intensité rare – un terrain fertile pour l’objectif.

PHOTO : Facebook / Petya Petrova

"C’est précisément là que les émotions et les couleurs sont les plus concentrées. Le photographe peut se glisser en coulisses, assister aux préparatifs fébriles des danseurs ou observer la joie du public. Souvent, tout se joue en une fraction de seconde, il faut agir très vite. J’ai deux appareils que j’alterne, même si leur poids n’est pas négligeable. Quand une photo me satisfait, je dis : 'J’ai volé cet instant.'"

PHOTO : Archives personnelles de Petya Petrova

Elle se surnomme elle-même "voleuse d’instants", persuadée que le véritable photographe doit s’emparer du moment avant qu’il ne s’évanouisse.

"Quand on choisit la photographie comme voie professionnelle, il faut savoir, dans cette petite fenêtre à travers laquelle l’œil regarde, quoi placer et comment. L’instant peut s’envoler en une fraction de seconde – et le vrai photographe doit l’attraper. Je constate aujourd’hui un retour vers la photographie, une nouvelle reconnaissance de sa valeur artistique, et cela me réjouit profondément", conclut Petya Petrova.

 

Version française : Svjetlana Satric