Auteur :
Yoan Kolev
Actualité
Le journaliste Nikolay Krastev : L’Iran cherche à semer le chaos dans la région
vendredi 6 mars 2026 14:45
vendredi, 6 mars 2026, 14:45
PHOTO : AP/BTA
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Le tir d’un missile balistique par l’Iran en direction de la Turquie a conduit le ministre de la Défense, Atanas Zapryanov, à demander au Premier ministre la convocation d’une réunion du Conseil de sécurité auprès du Conseil des ministres. Celle-ci s’est tenue hier, le 5 mars, et les présidents des partis représentés au Parlement y avaient également été invités. Les représentants du "MDL – Nouveau départ" et de "Renaissance" ont toutefois quitté la réunion.
Du côté du Mouvement, on a appelé la présidente Iliana Yotova à assumer ses responsabilités et à convoquer le Conseil consultatif de sécurité nationale. Le leader du parti "Renaissance", Kostadin Kostadinov, a quant à lui déclaré qu’aucune garantie n’existait quant au fait que le gouvernement bulgare n’entraînerait pas le pays dans une aventure militaire.
"Nos compatriotes doivent se souvenir que leur sécurité ne dépend pas seulement de l’État bulgare, mais aussi de l’Alliance nord-atlantique. Tant dans le cadre de l’OTAN qu’au niveau national, nous disposons de capacités nous permettant de défendre notre pays et, je le souligne, la situation n’a pas encore atteint un point critique. Mais si cela devait se produire, nous serions en mesure de nous défendre et nous avons une stratégie claire pour y parvenir", a assuré le Premier ministre Andrey Gurov à l’issue de la réunion. Selon lui, "aucune menace militaire imminente ne pèse sur la Bulgarie" : elle n’est pas partie au conflit et ne participe pas aux opérations".
Le Premier ministre Andrey Gurov prend la parole après la réunion du Conseil de sécurité auprès du Conseil des ministres.
PHOTO : BTA
Le journaliste Nikolay Krastev, qui nous aide à tenter de reconstituer au moins en partie le puzzle des événements survenus ces derniers jours, estime que l’attitude des deux formations politiques vise avant tout à donner l’image d’un gouvernement incapable de gérer la situation et dépourvu de la capacité de mener une politique étrangère et de sécurité. Selon lui, cette perception est erronée : la Bulgarie possède bel et bien ces capacités, non seulement parce qu’elle est membre de l’OTAN, mais aussi parce qu’elle constitue un facteur important de stabilité régionale.
Quels éléments la Bulgarie doit-elle désormais garder à l’esprit, au regard notamment de ses relations avec l’Iran, qui remontent à plus de 120 ans ? Nous avons posé la question au journaliste et expert en politique internationale Nikolay Krastev.
Nikolay Krastev
PHOTO : Facebook/Nikolay Krastev
"Il existe des risques liés au comportement de l’Iran dans les Balkans. Cela renvoie notamment à l’attentat de l’aéroport de Sarafovo en 2012, derrière lequel se trouvait l’organisation terroriste Hezbollah. Pour la Bulgarie, le risque d’un attentat similaire n’est en aucun cas à exclure. L’un de mes interlocuteurs, Ruslan Trad, dans le podcast 'Balkans', que j’anime, évoquait l’influence de l’Iran dans plusieurs villes situées le long du Danube et sur la mer Noire. Il s’agit des villes portuaires de Vidin, Roussé et Varna. Tout cela ne doit pas effrayer nos compatriotes, mais le risque demeure et il doit être surveillé par ceux qui sont rémunérés pour cela », explique Krăstev, avant d’ajouter : "À l’heure actuelle, l’Iran représente un risque à la fois pour lui-même, pour les personnes qui luttent contre ce régime autoritaire à l’intérieur du pays, et pour l’ensemble des États voisins."
L’attentat à l’aéroport de Sarafovo, le 18 juillet 2012
PHOTO : REUTERS
La chute de drones sur le territoire de l’Azerbaïdjan en est un exemple, dont l’un a touché l’aéroport de l’enclave du Nakhitchevan, situé à une dizaine de kilomètres de la frontière entre les deux États.
"Je ne sais pas si, en Iran, on se rend compte qu’avec un tel comportement on se crée davantage d’ennemis que d’amis. L’exemple de l’attaque contre le Nakhitchevan montre que l’Iran est en train de perdre des voisins proches, comme l’Azerbaïdjan, qui s’était montré plutôt neutre lors des actions militaires en juin dernier et qui l’est encore aujourd’hui. Je ne sais donc pas si l’Iran gagne réellement quelque chose à cette attitude, ou s’il est au contraire en train d’y perdre", observe le journaliste.
Dégâts dans une école à Djoulfa après une attaque de drones contre l’enclave du Nakhitchevan, Azerbaïdjan, le 5 mars 2026
PHOTO : AP/BTA
Quoi qu’il advienne dans les semaines et les mois à venir, Nikolay Krastev reste convaincu que Téhéran poursuivra cette stratégie de déstabilisation.
"L’objectif de l’Iran est de créer davantage de chaos et de désespoir dans les régions qui l’entourent, afin d’exacerber les sentiments des populations du Moyen-Orient, du Caucase, et même des Balkans. Plus l’instabilité et l’incertitude augmentent, plus la défiance à l’égard de ces régions que nous évoquons se renforce."
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric