Auteur :
Rossitsa Petkova
Actualité
Entretien avec l’ambassadrice de Chine en Bulgarie Son Excellence Dai Qingli
lundi 16 mars 2026 13:30
lundi, 16 mars 2026, 13:30
S.E. Dai Qingli dans le studio de Radio Bulgarie
PHOTO : Ambassade de la République populaire de Chine en Bulgarie
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Le parlement chinois a ouvert sa session annuelle le 5 mars par la présentation du rapport gouvernemental définissant les priorités économiques et les objectifs stratégiques du pays pour l’année suivante.
Que signifient ces priorités pour le développement de la Chine et pour ses relations avec l’Europe et notamment la Bulgarie ? Quels effets pourraient avoir les crises globales, y compris celle au Proche-Orient, sur les marchés de l’énergie et le commerce international ?
Radio Bulgarie s’entretient avec l’ambassadrice de la République populaire de Chine en Bulgarie Son Excellence Dai Qingli. Nous commençons par un regard sur les paramètres actuels du développement économique du géant asiatique.
PHOTO : Facebook/Embassy of China in Bulgaria
Pour nous 2025 n’a pas été une année facile, mais nous avons malgré cela pu atteindre une croissance économique de 5%, bien plus que la moyenne mondiale. Le premier ministre a donc proposé un objectif de croissance du PIB entre 4,5% et 5%, car nous considérons que c’est un objectif réaliste qui prend en compte la situation intérieure et internationale, dit l’ambassadrice Dai Qingli.
Elle précise que dans les cinq dernières années la Chine est en forte croissance dans les véhicules électriques et l’énergie renouvelable. Rien qu’en 2025 ont été produits 16 millions de véhicules électriques. Un développement considérable est également attendu dans les sources d’énergies renouvelables, l’intelligence artificielle, les technologies 5G dans les télécommunications, tout cela conditionné par les investissements dans l’éducation.
PHOTO : Facebook/Embassy of China in Bulgaria
Bien qu’étant le deuxième pays du monde par nombre d’habitants (1,4 milliards de personnes), la Chine est déjà confrontée à des problèmes démographiques typiques de bien plus petits pays comme la Bulgarie : vieillissement de la population et baisse de la natalité.
La principale raison en sont les difficultés économiques, la pression du quotidien et du marché du travail, les frais considérables qu’on encourt si on veut élever des enfants. C’est pourquoi le gouvernement entreprend diverses mesures : allongement des congés maternité et aides financières aux familles qui ont un deuxième enfant. On étudie aussi la possibilité de davantage de congés payés et d’autres mesures qui encourageraient les jeunes gens à avoir plus d’enfants.
PHOTO : BGNES
Quelle est la position de la Chine dans la conjoncture géopolitique actuelle si compliquée ? Comme le pays définit-il son rôle dans le maintien de la stabilité mondiale ?
Notre position sur les événements au Proche-Orient est très claire. Nous sommes fortement préoccupés non seulement par l’énorme prix en vies humaines, qui est horrifiant, mais aussi par les retombées économiques. Nous constatons déjà une brusque hausse des prix du pétrole, et comme vous le savez la Chine est fortement dépendante des importations de pétrole. Plus important encore, nous assistons à des conséquences de plus en plus graves pour l’ordre international bâti après la Seconde guerre mondiale. Au début de l’année à la Conférence de Munich sur la sécurité les représentants européens ont exprimé leur inquiétude que cet ordre international est soumis à une pression visant à le détruire. Les événements autour de l’Iran montrent que cette destruction continue et même qu’elle s’aggrave, parce que nous voyons une situation où la force du droit est remplacée par le droit de la force et le monde retourne petit à petit vers la loi de la jungle.
La Chine va naturellement chercher à aider la médiation dans cette situation. Notre envoyé spécial pour le Proche-Orient visitera bientôt la région pour entamer une nouvelle série de consultations diplomatiques. Je pense qu’il faut donner une chance à la diplomatie.
Détroit d'Ormuz, 11 mars 2026
PHOTO : AP/BTA
Le monde entier attend la visite du président des États-Unis Donald Trump en Chine à la fin du mois. Qu’en attendez-vous ?
Ce sera une rencontre au sommet très importante, les relations entre la Chine et les États-Unis sont parmi les plus importantes du monde et elles vont dans une grande mesure déterminer l’évolution du XXIe siècle.
La Chine n’a jamais eu l’intention d’assumer le leadership mondial des États-Unis. Notre priorité essentielle est d’assurer une meilleure vie à nos 1 milliard 400 millions de citoyens. Nous avons maintes fois déclaré aux États-Unis que nous n’avons pas l’ambition de remplacer leur présence et prendre leur rôle hégémonique dans la région Asie-Pacifique.
Dans le même temps l’essor de la Chine est souvent considéré de façon négative par les États-Unis.
Les deux leaders vont certainement discuter de nombreux sujets, y compris les droits de douane qui se reflètent sur l’économie mondiale.
La question de Taïwan sera certainement soulevée par la Chine. Nous insisterons que les États-Unis restreignent leur soutien aux forces séparatistes de l’île.
Donald Trumpo et Xi Jinping, Busan, Corée du Sud, 30 octobre 2025
PHOTO : AP/BTA
Comment voyez-vous le développement des relations économiques et commerciales entre la Chine et l’Europe dans la conjoncture globale actuelle ?
Le partenariat entre la Chine et l’UE est extrêmement important. L’UE est notre plus partenaire commercial et un partenaire majeur dans la modernisation de la Chine.
Il y a quelques jours le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a indiqué que les échanges commerciaux entre la Chine et l’UE ont atteint environ 1 trillion de dollars par an.
PHOTO : Facebook/Embassy of China in Bulgaria
Je dois cependant noter que nous sommes préoccupés par les tendances protectionnistes grandissantes dans l’UE. Nous respectons naturellement l’autonomie des pays de l’UE. Si l’UE décide de mener une politique de réduction des risques dans le domaine économique, cette décision lui appartient. Mais lorsque cette politique est orientée contre la Chine dans plusieurs domaines, cela suscite de l’inquiétude. L’UE a par exemple introduit des droits de douane anti-subventionnistes sur les véhicules électriques chinois, bien qu’un certain progrès sur cette question ait été obtenu et le dialogue se poursuit.
L’UE a récemment présenté de nouvelles initiatives législatives comme la loi sur l’accélération industrielle et des amendements à la législation sur la cybersécurité. Ces mesures peuvent introduire des restrictions considérables et des exigences à l’égard des investissements chinois dans la région et envers la coopération avec des fournisseurs chinois.
Nous considérons cela comme un défi majeur.
Le président du Conseil de l'UE Antonio Costa, le président chinois Xi Ji,ping et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Sommet UE-Chine, 24 juillet 2025
PHOTO : consilium.europa.eu
Comment décririez-vous le niveau actuel de coopération économique entre la Chine et la Bulgarie ? Quels secteurs en Bulgarie attirent le plus l’attention des investisseurs chinois ?
La Bulgarie a été le deuxième pays du monde à reconnaître la nouvelle Chine. C’est pourquoi la Bulgarie a toujours occupé une place spéciale non seulement dans la politique étrangère de la Chine, mais aussi dans nos pensées et dans nos cœurs.
Nous observons dans le même temps depuis quelques années que cette amitié traditionnelle ne se traduit pas toujours en coopération concrète, surtout comparé à certains pays voisins de la Bulgarie et d’autres pays de l’UE. La coopération entre la Chine et la Bulgarie est insuffisante dans plusieurs domaines.
Des entreprises chinoises ont déjà investi dans l’agriculture bulgare, dans la production de pièces détachées d’automobiles, dans l’énergie renouvelable, surtout dans des panneaux solaires, ainsi que dans la production industrielle.
Inauguration d'une usine de pièces automobiles de la compagnie chinoise ZS Europe Ltd près de Plovdiv, octobre 2025
PHOTO : investbg.government.bg
Nous nous félicitons également de l’augmentation de l’importation de produits agricoles bulgares en Chine. La Bulgarie a d’excellents vins, des produits de la rose oléifère et bien d’autres produits agricoles qui seraient très bien reçus sur le marché chinois. Nous travaillons activement à faciliter les procédures d’importation de produits bulgares.
En outre la Bulgarie a le potentiel de jouer un rôle important dans la connectivité entre la Chine et l’Europe par ses ports et son infrastructure ferroviaire. Le pays n’a toutefois pas pleinement utilisé jusqu’à présent sa situation stratégique par rapport à la Chine. Nous souhaiterions étudier plus en détail cette possibilité.
Le gouvernement bulgare et les entreprises bulgares accueillent favorablement les investissements chinois, ce qui est très positif. Il faut cependant un dialogue plus poussé afin de préciser quels investissements seraient les plus appropriés pour la Bulgarie.
J’estime qu’il existe un grand potentiel non seulement dans le domaine de l’intelligence artificielle, où la Bulgarie est parmi les pays en pointe en Europe centrale et orientale, mais aussi dans d’autres domaines des hautes technologies. Nous observons avec attention ces possibilités et encourageons les compagnies chinoises à venir en Bulgarie.
S.E. Dai Qingli avec des étudiants et chercheurs chinois à l'Institut bulgare de sciences informatiques, intelligence artificielle et technologies (INSAIT) et son directeur Martin Vetchev
PHOTO : bg.china-embassy.gov.cn
La langue et la culture chinoise sont enseignées dans plusieurs universités bulgares et des cours de chinois existent déjà dans plusieurs écoles. Est-ce que l’étude du chinois attire de plus en plus de jeunes Bulgares ?
Oui, absolument. Je pense que la jeune génération en Bulgarie fait preuve d’un intérêt grandissant envers ce qui se passe en Chine.
Beaucoup d’écoles et de parents nous contactent pour nous demander des cours de chinois, ce qui est très encourageant.
L'Institut "Confucius" à l'Université de Véliko Tarnovo "Saints Cyrille et Méthode"
PHOTO : confuciusinstitute-velikoturnovo.bg
Il y a en Bulgarie deux Instituts "Confucius", à Sofia et à Véliko Tarnovo, qui font un excellent travail. Ils travaillent actuellement avec près de 100 écoles qui offrent des cours de chinois.
Nous sommes également contents des échanges dans les études supérieures.
La bibliothèque de l'Institut "Confucius" à Sofia
PHOTO : confuciusinstitute.bg
Il y aura en Bulgarie beaucoup d’initiatives liées à la culture asiatique en 2026.
Le Centre culturel chinois à Sofia organise au moins 200 événements tous les ans. Les deux Instituts "Confucius" organisent également beaucoup d’activités culturelles. En juin il y aura un Festival asiatique organisé par l’ambassade d’Indonésie en Bulgarie auquel la Chine participera. Nous préparons aussi d’autres événements culturels et des initiatives de promotion du tourisme. Les citoyens bulgares ont un régime sans visas de 30 jours pour visiter la Chine. Nous espérons que cela encouragera plus de Bulgares à venir en Chine en touristes.
PHOTO : Facebook/China Cultural Center in Sofia
Il est tout aussi important d’encourager plus de touristes chinois à visiter la Bulgarie et découvrir votre beau pays, conclut l’ambassadrice de Chine en Bulgarie Dai Qingli.
Vous pouvez écouter l'intégralité de l'entretien en anglais ici.
Rossitsa Petkova
Version française : Christo Popov
Chargé de publication : Christo Popov