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Cybercriminalité : le piratage ne s’attaque pas qu’aux téléphones

jeudi, 2 avril 2026, 13:40

Cybercriminalité : le piratage ne s’attaque pas qu’aux téléphones

PHOTO : Freepik.com

Taille de la police

Sur Internet, il y a trois périls majeurs auxquels les adolescents sont exposés : la manipulation, apanage des prédateurs numériques, les arnaques financières liées aux jeux sur différentes applications, et les fuites de données personnelles utilisées pour le chantage et l’extorsion. C’est ce qu’explique le professeur Ilin Savov, expert international en cybersécurité et prévention avec une expérience professionnelle de plus de 25 ans dans le système de sécurité du ministère de l’Intérieur.

PHOTO : archives personnelles

Selon lui, ce n’est pas tant la technologie, que la confiance en crise qui constitue le principal risque aujourd’hui. "Les enfants pensent communiquer avec leurs camarades sur les plateformes de jeux, mais souvent ce sont de criminels", précise-t-il. 

"Les cybercriminels agissent sur plusieurs niveaux : au-delà de pirater le système ou le téléphone, ils opèrent un piratage du psychisme lui-même", poursuit le spécialiste de cybersécurité. "Ils commencent par instaurer la confiance, ce qui se fait en créant de faux profils, en faisant valoir des intérêts communs et des liens émotionnels, ou encore en proposant des services. Au départ, ils demandent des photos, puis des informations personnelles, des adresses, et finissent par entraîner les enfants dans un "jeu" qui peu à peu se transforme en chantage. Tout cela est amplifié par l’intelligence artificielle : désormais, des voix, des images, même des personnes entières peuvent être simulée. En d’autres termes, 2026 sera l’année de l’imitation intelligente de la réalité. L’ingénierie sociale est la nouvelle arme à l’œuvre : d’abord gagner la confiance d’un enfant pour ensuite s’en servir comme d’une arme contre lui.

PHOTO : Direction générale de lutte contre le crime organisé - Cybersécurité

Comment les parents peuvent-ils remarquer à temps que quelque chose cloche avec leurs enfants ? 

" Le premier indice est le changement comportemental : l’enfant commence à se renfermer, à cacher son téléphone, devient violent ou anxieux à la maison. Malheureusement, nombre de parents négligent le véritable risque numérique en le sous-estimant, alors qu’il est réel et présent au quotidien. C’est pourquoi le travail avec les parents est tout aussi important que celui avec les enfants. "

PHOTO : freepik.com

" Les enfants ne disent pas, ils montrent à travers leur comportement et leur silence est le signe le plus dangereux", estime encore l’expert. "Dès lors, le parent doit faire preuve de littératie numérique." 

La réponse des institutions est essentielle pour la maîtrise de ce phénomène qui se transforme en épidémie sociale. 

"Ces crimes comptent parmi les plus complexes : ils durent dans le temps et déferlent sur tous les membres de la famille. Même s’ils figurent dans le Code pénal, la réalité est telle, qu’ils évoluent plus rapidement que les systèmes qui visent à les combattre. C’est difficile de les démanteler, car les criminels agissent au-delà des frontières, d’autre part les preuves, étant numériques, sont faciles à altérer. Force est de constater aussi que, dans leur grande majorité, les policiers bulgares ne sont pas formés pour les résoudre. La lutte ne se joue plus seulement au niveau juridique, elle est également technologique et psychologique, puisque la loi a beau exister, les criminels évoluent plus vite. La cybercriminalité ne connaît pas de frontières, ni géographiques, ni technologiques. Les frontières psychiques, elles, sont illimitées : il s’agit d’un nouveau type de criminalité hybride en œuvre dans le monde numérique. " 

L’expert en cybersécurité est formel : le Code pénal doit être mis à jour, le Code de procédure pénale perfectionné et adapté aux méthodes et instruments les plus récents de collecte de preuves, et les policiers doivent être équipés d’outils exceptionnels leur permettant d’opérer dans le monde numérique.

 

"Ces dernières années, l’État commence à s’éveiller, certes lentement", déclare Ilin Savov. "Pourtant ce n’est pas partout ni de manière suffisamment systématique. Quand j’entre dans une école, je vois que les élèves veulent comprendre et que les enseignants veulent les aider, cependant, les outils souvent leur manquent. On ne peut pas dire que les programmes scolaires abondent de matières qui pourraient aider les enfants. Même quand on aborde le sujet des risques numériques, cela reste marginal. C’est pourquoi l’éducation à la cybersécurité doit devenir une partie intégrante du cursus scolaire. "

PHOTO : Facebook/ Ilin Savov

On évoque de plus en plus souvent le besoin de limiter l’accès aux réseaux aux enfants jusqu’un certain âge afin de réduire la cybercriminalité. Selon Ilin Savov, loin d’être une solution, une telle interdiction cache des risques. Pour le reste, il est persuadé que cette génération numérique finira par trouver un autre moyen d’y accéder, d’autant plus qu’il n’est guère possible d’exclure une partie de la réalité mais il faut préparer les enfants. "La seule solution passe par l’éducation, les formations, le contrôle et la confiance. La culture numérique est la nouvelle littératie et il faut l’accepter", souligne-t-il. 

Ilin Savov interviendra au salon national "La génération retrouvée : Le retour ", qui se tiendra les 18 et 19 avril au Palais national de la culture à Sofia lorsqu’il abordera les risques "sans les embellir et sans peur, mais en citant des exemples et suggérant des pistes".

 

Version française : Maria Stoéva

 

 

Chargé de publication : Maria Stoéva