mercredi 15 avril 2026 13:05
mercredi, 15 avril 2026, 13:05
PHOTO : RNB
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Face à la montée de l’inflation, l’inquiétude gagne du terrain en Bulgarie. Le changement de monnaie, combiné à la hausse des prix des carburants, creuse des brèches dans les budgets des ménages. À Gabrovo, ville réputée pour son esprit caustique et son sens aigu de l’économie, certains plaisantent, à moitié seulement, en affirmant qu’ils préfèrent ne pas sortir, de peur de "croiser" les prix. Dans cette "capitale bulgare de l’humour", la flambée des prix a même inspiré une initiative originale. Le concours national pour enfants de fabrication d’épouvantails s’est placé cette année sous le slogan : "J’effraie les prix, pas les corbeaux".
"Outre leur fonction première, chasser les corbeaux pour protéger les récoltes , les épouvantails ont déjà été utilisés à d’autres fins à Gabrovo", raconte la correspondante de la RNB, Velina Mahlebachieva. "Il y a quelques années, des habitants ingénieux avaient installé au bord de la route un mannequin de policier pour dissuader les chauffards."Aujourd’hui, cependant, le sujet qui préoccupe le plus grand nombre est la hausse des prix. C’est pourquoi le musée ethnographique 'Etara', organisateur du concours, a décidé de mettre à l’épreuve le sens de l’humour des enfants et des jeunes en les invitant à créer des épouvantails capables d’effrayer non pas les corbeaux, mais… les prix."
Parmi les premières créations présentées figure celle de la maternelle "Arc-en-ciel" de Gabrovo. Haute de plus d’un mètre, elle est composée presque exclusivement de matériaux récupérés."Seul le balai est neuf", précise l’enseignante Petya Kerekova.
PHOTO : Musée ethnographique régional en plein air "Etara"
"Les enfants ont voulu ajouter un balai pour chasser les prix élevés des jouets, car depuis le passage à l’euro, leurs parents en achètent moins", explique-t-elle."Nous avons baptisé l’épouvantail 'Bon marché', car il est fabriqué à partir d’objets peu coûteux : des bouchons, un costume de seconde main, une bouche faite d’un ballon crevé, et un vieux parapluie transformé en jupe."
À travers cette créativité pleine d’esprit, les plus jeunes commentent à leur manière un sujet brûlant : l’augmentation du coût de la vie et l’anxiété diffuse qui traverse la société bulgare."On économise l’argent quand on en a", glisse avec ironie un habitant âgé, tandis qu’une autre résidente ajoute : "Le Gabrovien sait survivre à tout : il se replie, attend que le pire passe, puis ressort."
PHOTO : Musée ethnographique régional en plein air "Etara"
L’humour apparaît dès lors comme un levier essentiel pour affronter les périodes de crise. La psychologue Margarita Bakratcheva explique sur les ondes de la RNB que la perte du sens de l’humour aggrave les effets d’une adaptation passive et de l’attentisme face à l’inflation et à l’insécurité financière. Ces facteurs altèrent profondément le sentiment fondamental de sécurité et de maîtrise de la vie.
"Nous vivons, en réalité, dans une situation d’incertitude croissante, amorcée pendant la pandémie de Covid, prolongée par les conflits militaires et, aujourd’hui encore, exacerbée", souligne-t-elle."Il s’agit d’une crise globale qui, conjuguée à une instabilité nationale, crée un environnement d’imprévisibilité où il devient difficile de planifier."
Selon elle, il ne s’agit pas d’échapper à la réalité, mais d’apprendre à s’y adapter de manière optimale. "Il est essentiel de se concentrer sur ce qui nous procure un sentiment de sécurité et de contrôle – notamment nos relations humaines et les gestes simples du quotidien que nous maîtrisons encore."
Elle met également en garde contre les effets du climat social :
PHOTO : Musée ethnographique régional en plein air "Etara"
"La défiance, les tensions sociales croissantes, les élections à venir – autant de facteurs susceptibles d’influencer profondément notre manière de communiquer avec autrui. La raison principale pour laquelle nous nous sentons mal et éprouvons cette anxiété, qui rejaillit sur notre sentiment de survie, notre capacité à planifier et sur l’ensemble des inquiétudes qui nous habitent traditionnellement, notamment celles liées aux changements climatiques et aux processus migratoires, tient au fait qu’une partie de l’information est perçue consciemment à travers les médias traditionnels, les réseaux sociaux et nos échanges quotidiens. Mais il existe aussi une part bien plus vaste de cette information que nous intégrons sous forme de sentiment de sécurité ou d’insécurité de notre environnement, et celle-ci est assimilée par notre système nerveux : l’absence de sourires, l’atmosphère ambiante – autant d’éléments dont, le plus souvent, nous ne prenons même pas conscience."
D’où l’importance des gestes simples : consacrer du temps à la famille, organiser des moments pour les enfants, sans fuir la réalité. "Cela ne résoudra pas l’anxiété globale, mais contribuera à rétablir un certain équilibre et à apaiser l’organisme", conclut Margarita Bakratcheva. "Lorsque nous prenons le temps de réguler nos expériences, nous avançons vers un équilibre essentiel à la santé physique et mentale."
Édition : Eléna Karkalanova, d’après les interviews de Velina Mahlebachieva et Youliana Kornajeva
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric