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Ivo Ivanov

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150 ans de l’Epopée d’avril

"La lettre de sang" marque le début de l’Insurrection d’Avril

Le Pont Tchalakov - Koprivchtitsa, scène du premier coup de feu de l'Insurrection avril

Le Pont Tchalakov - Koprivchtitsa, scène du premier coup de feu de l'Insurrection avril

PHOTO : Ivo Ivanov

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En 1396, la Bulgarie médiévale passait sous domination ottoman qui allait durer près de cinq siècles et laisser des traces durables dans l’histoire et l’évolution du pays. À partir du début du XIXe siècle, l’autorité du sultan sur les Balkans fut ébranlée par des révoltes et des soulèvements des peuples autochtones combattant pour leur libération. Les grandes puissances du Concert européen s’engagèrent alors dans une course pour l’acquisition de nouveaux territoires et d’influence au sein de l’Empire ottoman, en proie à une crise permanente. C’est le début de la Question d’Orient.

L'historienne Svetlana Mouhova

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A la suite du soulèvement des Serbes en Bosnie-Herzégovine en 1875 et l’intervention de l’Autriche-Hongrie, de la Russie et de l’Angleterre, les Bulgares relancent l’Organisation interne révolutionnaire fondée par Vassil Levski.

À partir du début de 1876, un réseau de comités répartis en quatre districts révolutionnaires prépare un soulèvement, qui éclate de manière prématurée le 20 avril à Koprivshtitsa. Todor Kableshkov, à la tête du comité révolutionnaire local, adresse aux leaders révolutionnaires de la petite ville de Panagurichté, située au pied de la montagne Sredna Gora, une lettre qui se termine par un appel au soulèvement et rejet de la domination étrangère de cinq siècles. Transmis en chaîne entre les comités révolutionnaires, cet appel reste dans l’histoire sous le nom de "Lettre de sang".

L'insurrection à Koprivchtitsa, dessin de Tantcho Chabanov, membre du comité révolutionnaire

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"Quand Kablechkov écrit la lettre, les habitants de Koprivchtitsa ne saveent pas si leurs camarades de Panagurichté et les autres agglomérations leur emboîteront le pas", relate Svetlana Mouhova, historienne et spécialiste d’histoire régionale de Koprivchtitsa. A l’époque de la Renaissance bulgare, Koprivchtitsa était une ville riche, un haut lieu de l’éducation où règnait l’esprit révolutionnaire.

 

"La lettre de sang" décrit de manière concise est pourtant suffisamment détaillée le début de l’Insurrection d’avril : 

"Frères! Hier Necib Agha est arrivé à la campagne de Plovdiv, demandant l’arrestation de plusieurs personnes, y compris moi-même.

Lorsque j’ai été informé de votre décision prise lors de la réunion à Oborichté,

j’ai appelé quelques hommes courageux et, une fois armés, nous nous sommes dirigés vers le konak (bâtiment administratif), que nous avons attaqué et où nous avons tué le müdür (gouverneur) et plusieurs zaptiés (gens d’arme).

À présent, au moment où je vous écris cette lettre, le drapeau flotte devant le konak, les fusils crépitent, accompagnés du son des cloches de l’église, et les héros s’embrassent dans les rues ! …

Si vous, frères, êtes de véritables patriotes et apôtres de la liberté, suivez notre exemple...".

Koprivchtitsa, le 20 avril 1876, T. Kablechkov

Le texte de la "Lettre de sang"

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Le texte de cet appel à la révolte a été reproduit dans les "Notes sur les insurrections bulgares", écrit par Zahari Stoyanov qui participe au mouvement de libération nationale. Cependant, Svetlana Mukhova ne perd pas l’espoir que l’original de la lettre, ou du moins une traduction en turc ottoman, sera un jour retrouvé dans les archives d’Istanbul. 

"Les points de suspension dans la lettre constituent un aspect intéressant, car elle est interrompue à trois endroits. Il y a quelques années, je me suis donné la peine d’examiner très attentivement les lettres de Todor Kablechkov et j’ai remarqué que, lorsqu’il écrit quelque chose, en règle générale, il respecte la ponctuation correcte de son époque. Quand il ressent une certaine émotion cependant, il interrompt très souvent la lettre par des points de suspension. Autrement dit, il n’achève pas son idée, et ces points de suspension montrent peut-être l’émoi de Kablechkov au moment de la proclamation du soulèvement", explique l’historienne. 

Beaucoup sont ceux qui croient que la lettre a été appelée "de sang" parce qu’elle est écrite avec du sang, ajoute Mouhova. Toutefois, en se référant aux contemporains de 1876, elle affirme qu’écrire avec du sang est impossible. A son avis, une croix sous le texte dessinée avec le sang de Todor Kablechkov lui-même est la seule chose qui soit concevable.

Après avril 1876, la formule "lettre de sang" devient idiomatique pour les Bulgares pour exprimer détermination, l’action, l’appel au combat et la parole tenue.

Enquête contre Kableckov dans le konak à Tarnovo ( Todor Tsonev)

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L’Insurrection d’Avril a été préparée en peu de temps et mal coordonnée. C’est pourquoi elle a été si rapidement écrasée. Cependant, les insurgés, armés à l’improviste, ont réussi à atteindre leur objectif. Les atrocités commises contre la population civile lors de la répression du soulèvement ont conduit à l’intervention de l’Europe. Elles ont conduit à la guerre russo-turque et à l’apparition en 1878 des premières terres bulgares libres comprises dans la principauté de Bulgarie et la province autonome de la Roumélie orientale.

 

Version française : Maria Stoéva

 

Chargé de publication : Maria Stoeva