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"Bulgarie progressiste" a la majorité au parlement; et maintenant?

lundi, 20 avril 2026, 20:22

"Bulgarie progressiste" a la majorité au parlement; et maintenant?

PHOTO : BTA

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Après huit élections législatives en Bulgarie il semble que le pays aura enfin un gouvernement stable. Le scrutin du 19 avril a été remporté haut la main par la nouvelle coalition "Bulgarie progressiste" (BP) dirigée par l’ancien président Roumen Radev qui a cité dans ses messages de campagne les problèmes majeurs des Bulgares, habitant le pays le plus pauvre de l’UE : l’inflation, l’oligarchie politique et les guerres en Iran et en Ukraine.

Roumen Radev

PHOTO : BGNES

"Nous voulons du changement !", était l’appel le plus fréquent le jour du vote et les résultats ont complètement changé la donne à l’Assemblée nationale. La majorité parlementaire de BP est un fait accompli. Après 15 ans au sommet, GERB-UFD a dû batailler avec "Poursuivons le changement – Bulgarie démocratique" pour la deuxième place avec à peine 13% des voix. Le parti de Délyan Péevski MDL – Nouveau départ n’a obtenu qu’environ 6% des voix. Le taux de participation a grimpé de presque 10 points comparé au scrutin précédent à l’automne de 2024.

 "Nous avons vaincu l’apathie, mais la défiance dans la politique bulgare est toujours considérable", a déclaré Roumen Radev le soir des élections.

"Ce vote montre clairement que la plus grande partie de la société bulgare attend et espère un autre type de gouvernance, une gouvernance sans Péevski et Borissov, sans arrangements en coulisse, sans modèle oligarchique. C’est pour cela que les Bulgares ont élu BP", a commenté sur la RNB Pétar Vitanov, tête de liste de BP à Pernik.

Pétar Vitanov

PHOTO : Facebook / Pétar Vitanov

"Cette énergie avait atteint des niveaux historiques. Nous savions que quelque chose d’énorme se préparait", a-t-il noté, soulignant que le gouvernement d’un seul parti n’est pas une aspiration à l’autoritarisme, mais permet de réduire les compromis politiques et d’assumer des responsabilités. Vitanov estime qu’il est important de pouvoir constituer une majorité qualifiée sur des dossiers majeurs comme la réforme judiciaire et la Constitution, où il s’attend à un soutien de "Poursuivons le changement – Bulgarie démocratique", et souligne que Roumen Radev n’a pas de positions anti-européennes. Il a conclu avec le regret que le Parti socialiste n’a pas pu entrer à la nouvelle Assemblée nationale, ayant obtenu moins de 4% des voix.

Pour la première fois depuis le début des changements démocratiques il y a 36 ans il n’y aura pas de représentants du Parti socialiste au parlement. "Le prix est amer, douloureux, mais apparemment il faut parfois passer par un tel fiasco pour se reprendre et continuer de l’avant", a commenté Aleksandar Simov du Conseil national du PS.

Aleksandar Simov

PHOTO : BGNES

"Le PS n’a pas pu franchir le seuil d’entrée au parlement. Cela ne signifie pas pour autant que le PS est moribond ou que la culture politique de gauche en Bulgarie est en voie de disparition. Le PS a maintenant l’occasion de se ressourcer, de comprendre ce qui lui est arrivé et décider de ce qu’il faut changer", a dit Simov sur la RNB.

C’est aussi la première fois depuis 29 ans qu’un groupe, en l’occurrence celui de BP, dispose d’une telle majorité à l’Assemblée nationale et pourra former un gouvernement sans autres partenaires. Il sera ainsi en mesure de mener sa politique et définir ses priorités, une des plus grandes étant la lutte contre la corruption.

BP a siphonné des voix de tous les autres partis majeurs qui étaient représentés au parlement précédent. Cela soulève la question s’il ne prendra pas "la grosse tête" et ne cédera pas aux sirènes du revanchisme. "Si Roumen Radev est visionnaire et entend agir sur le long terme, il ne se laissera pas tenter par le revanchisme", estime le journaliste Diyan Bojidarov dans un entretien à la RNB.

"Il a effectivement obtenu tout le pouvoir, mais il y aura probablement une sorte de correctif politique ou social. Mais une fois le procureur général et les membres du Conseil supérieur de la magistrature remplacés, la question est de savoir ce qui va s’ensuivre, car réforme judiciaire n’égale pas toujours justice", a-t-il commenté, rappelant que les Bulgares aiment les hommes à poigne qui savent régler les problèmes.

 

Édition : Eléna Karkalanova

Version française : Christo Popov