Auteur :
Yoan Kolev
Actualité
Parvan Siméonov : "En Bulgarie, l’aspect anti-corruption l’emportera"
jeudi 23 avril 2026 14:37
jeudi, 23 avril 2026, 14:37
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"Bulgarie progressiste", vainqueur net des législatives anticipées en Bulgarie, a réussi à surprendre tous les instituts de sondage avec ses résultats impressionnants le 19 avril. S'ils n’avaient pas l’envergure de ce qui s’est passé en Hongrie, une déferlante électorale, il y en avait. Le parti de l’ancien président est parvenu à obtenir une majorité au parlement, suffisant pour créer un gouvernement sans entrer en coalitions, ce que les sociologues n’avaient pas prévu lors de la campagne électorale. Aujourd’hui, les analystes y voient la conséquence logique de la vague de protestation et le désir de changer le statu quo. Quant aux Bulgares à l’étranger, leur vote est une projection de celui en Bulgarie.
"La particularité du vote à l’étranger en général est la préférence pour les nouvelles formations à tendance protestataire. Cette constante n’a pas changé", a indiqué le politologue Parvan Siméonov de l’institut Myara, partenaire de la Radio nationale pour ces législatives, dans une interview accordée à Radio Bulgarie.
Les espoirs placés en Roumen Radev sont énormes. Il s’agit de savoir si son équipe et ses actes seront à la hauteur des attentes en matière de morale en politique, de relance de l’économie et de politique étrangère clairement pro-européenne. Nous le saurons après que les nouveaux députés auront prêté serment et la première force politique sera chargée de créer un gouvernement.
Cependant, étant donné qu’il ne s’agit pas de quelqu’un d’inconnu – quand il quittait la présidence Roumen Radev était le politique avec le taux d’approbation le plus élevé, dépassant 50 % - on peut supposer que ce résultat est dû en partie à sa grande popularité. Le choix des Bulgares a probablement été influencé par la tendance devenue courante de voter pour une personnalité perçue comme un " sauveur". Est-ce que c’est le cas de Roumen Radev ?
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"En ce cas
précis, je n’ai pas l’impression qu’il a l’air d’un sauveur mais le résultat
d’une évolution logique, la conséquence différée des vagues de protestation de
2020 et 2025, dont ont bénéficié à la fois Radev et la coalition "Poursuivons
le changement – Bulgarie démocratique" (PCL-BD). C’est pourquoi, comme
vous pouvez le constater, il n’y a pas d’euphorie particulière, précisément
parce qu’il apparaît comme un vainqueur annoncé. "
Les propos de Roumen Radev semblent assez mesurés, mais il y en a qui sautent aux yeux : tout en saluant le ministère de l’Intérieur pour avoir réduit l’achat de votes, il a appelé tous les ministres intérimaires actuels à démissionner.
"Ce gouvernement constitue une très bonne illustration de ce qui aurait pu arriver si Roumen Radev avait été obligé de gouverner avec PLC-BD. Toutefois, compte tenu de la majorité qu’il a remportée, cela ne sera apparemment pas nécessaire. Néanmoins, le gouvernement intérimaire peut aussi nous donner une idée quant à la vision gouvernementale de Roumen Radev, comment donner l’impression d’un spectre politique beaucoup plus large. Radev, probable premier ministre ne sera pas extrêmement pro-russe, mais fera preuve de loyauté envers l’OTAN et l’Union européenne, tout en conservant ses positions concernant la Bulgarie et son aide à l’Ukraine", prévoit le politologue.
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"Dans le même temps, il me semble que quant à son style de gouverner, Roumen Radev cherchera plutôt des analogies avec un Bulgare très célèbre, qui était retourné de l’étranger il y a 25 ans : Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, un style de gouverner qui se veut fondé sur le consensus, comme semblait être au début la campagne du président. D’ailleurs, au cours des dix derniers jours, il en a modifié le ton : voilà qu’un drapeau russe est apparu. Cependant, paradoxalement, ce drapeau a fonctionné pour les deux camps, en mobilisant les partisans de PLC-BD et concentrant autour de Radеv les voix de nombreux électeurs qui auraient autrement pu se tourner vers "Renaissance" et le PS. Une telle image utilisée dans la campagne électorale n’est pas anodine. Elle relève plutôt d’un effet recherché, amplifié par PLC-BD, qui, pour l’instant, adoptent toutefois un ton assez mesuré vis-à-vis de Radеv. Cela signifie peut-être qu’en Bulgarie, l’aspect anticorruption deviendra dominant, au détriment du clivage pro-/anti-russe, habituel depuis des décennies ", estime Parvan Siméonov.
Quel sera le style de Roumen Radev en tant que responsable politique, seul l’avenir le dira.
Version française : Maria Stoéva
Chargé de publication : Мaria Stoeva