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Leçon : La Bulgarie… avec les enfants de l’école bulgare "Izvortché" en Ukraine

mardi, 28 avril 2026, 13:05

Leçon : La Bulgarie… avec les enfants de l’école bulgare "Izvortché" en Ukraine

PHOTO : École bulgare "Izvortché" - Ukraine

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À près de 800 kilomètres de Sofia, au terme d’une douzaine d’heures de route, le village de Kubei, dans le sud de l’Ukraine, apparaît comme un îlot singulier. Considéré comme le plus grand village de l’ex-république soviétique, il est peuplé majoritairement de Bulgares et de Gagaouzes. Situé dans la région d’Odessa, non loin de Bolhrad – fondée par des colons bulgares au début du XIXᵉ siècle – ce territoire porte encore les traces d’une histoire tourmentée. Mais, au fil des générations, une constante demeure : l’image rêvée de la Bulgarie, profondément ancrée dans les cœurs.

PHOTO : École bulgare "Izvortché" - Ukraine

Cette mémoire, une femme en a fait sa mission. Professeure de formation et par vocation, Praskovia Rousseva transmet, même à distance et en temps de guerre, une "Leçon : La Bulgarie…" aux plus jeunes. En 2009, avec l’aide du programme national alors nouvellement lancé "Langue maternelle et culture à l’étranger" du ministère de l’Éducation et des Sciences, ainsi qu’un groupe de personnes partageant les mêmes idées, elle réalise son rêve : fonder une école bulgare dans le village natal de son mari, Kubei. Ils obtiennent un financement de l’État bulgare, et ainsi naît l’école "Izvortché" – le premier centre éducatif bulgare situé en dehors d’une grande ville en Ukraine. 

PHOTO : École bulgare "Izvortché" - Ukraine

L’école fonctionne au sein du Centre culturel bulgare "Académicien Alexandre Teodorov-Balan", créé en 1989. Depuis 2006, celui-ci est dirigé par le mari de Praskovia Rousseva, Pétar, qui a mis à disposition sa propre maison pour accueillir les cours.

"Pourquoi l’académicien Teodorov-Balan est-il notre patron ? Parce qu’il est né à Kubei et y a vécu jusqu’à l’âge de dix ans", rappelle-t-elle.

PHOTO : École bulgare "Izvortché" - Ukraine

Dès sa première année, l’établissement accueille 70 élèves, de la classe préparatoire à la terminale. En novembre 2016, une antenne ouvre à Bolhrad. Aujourd’hui, malgré la guerre, plus de 270 élèves suivent les enseignements, et chaque année, des dizaines de jeunes Bulgares d’Ukraine y sont préparés aux examens d’entrée dans les universités bulgares.

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La pandémie mondiale de 2019 impose un basculement total vers l’enseignement en ligne une organisation qui perdure aujourd’hui en raison du conflit. "Mais nous avons élargi notre géographie", observe l’enseignante avec un certain apaisement.

"Des familles ont commencé à nous contacter de loin, pas seulement de notre région : d’Odessa, mais aussi de l’étranger – des parents ayant quitté l’Ukraine pour s’installer en Allemagne, en Finlande, en Pologne, et ailleurs encore. Certains enfants étaient déjà nos élèves et le sont restés malgré les circonstances, mais beaucoup de nouveaux nous ont rejoints. Nos élèves ont perdu les activités extrascolaires et le contact direct entre eux. Pourtant, d’une certaine manière, nous avons réussi à rassembler des enfants venus du monde entier."

PHOTO : École bulgare "Izvortché" - Ukraine

Reste une question, lancinante : comment diriger une école bulgare à l’étranger en temps de guerre ?

"Il est essentiel que l’équipe soit solide et sincère et c’est notre cas. Nous travaillons depuis des années avec les mêmes personnes, profondément engagées. Ce que nous faisons dépasse l’enseignement : c’est une mission. Quant aux enfants, je les appelle nos héros, car après une semaine entière à l’école, ils poursuivent leurs études le samedi ou le dimanche. Bien sûr, la motivation varie selon chacun."

Des parents héroïques eux aussi, qui, quelles que soient les circonstances, refusent de rompre le lien avec leurs racines parfois sans même avoir jamais vu la Bulgarie.

PHOTO : École bulgare "Izvortché" - Ukraine

C’est pourquoi les deux voyages organisés en août 2025 dans le cadre du programme "La Bulgarie – Itinéraires éducatifs" du ministère de l’Éducation et des Sciences ont revêtu une importance particulière. Après concertation, les élèves choisissent de découvrir le littoral nord de la mer Noire, avec les Sables d’Or. Vingt-neuf élèves, de la 5e à la 10e classe, accompagnés de trois éducateurs, prennent part à cette première immersion.

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"Nous avons visité Varna, le Jardin maritime et le musée archéologique, le monastère d’Aladja, Baltchik, le jardin botanique universitaire, le complexe architectural du Palais, ainsi que le phare du cap Chabla", énumère Praskovia Rousseva.

"J’ai été très impressionnée par le cap Chabla et le monastère d’Aladja à Varna. Le bruit de la mer et l’atmosphère paisible rendent cet endroit unique. La vue du monastère est fascinante. Ce voyage restera l’un des moments les plus marquants de ma vie", confie Valeria Androuchtchenko, élève de 10e classe. Son camarade Viatcheslav Konstantinov ajoute :

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"Les habitants sont très accueillants. Nous avons appris à parler avec eux. J’ai aussi aimé que nos encadrants nous apprennent à bien nous exprimer et à nous comprendre. La dernière soirée était magnifique : nous étions tous réunis autour d’une grande table, à jouer ensemble. Ce souvenir restera longtemps dans nos cœurs."

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Une seconde excursion, fin août 2025, conduit 30 élèves, accompagnés de trois enseignants, vers la côte sud de la mer Noire, autour de Slantchev Briag. Avec l’aide d’anciens élèves déjà installés en Bulgarie, l’expérience prend une dimension encore plus concrète.Fin août 2025, leur deuxième voyage dans le cadre du programme a également eu lieu. Sur l’itinéraire "Riviera de la côte sud de la mer Noire bulgare – Slantchev Briag", 30 élèves et trois enseignants ont pris la route. Praskovia Rousseva a également bénéficié d’une aide précieuse de la part de ses anciens élèves, déjà installés en Bulgarie en tant que candidats aux études supérieures.

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"La Bulgarie est un pays d’une beauté étonnante. Nous avons visité de nombreux lieux - le musée du Sel, la vieille ville de Nessebar… Mais j’ai particulièrement aimé l’école de Sveti Vlas : moderne, spacieuse, accueillante. Cela donne vraiment envie d’apprendre. Le musée de l’Aviation près de Bourgas était aussi impressionnant. Et le château 'Amoureux du vent' à Ravadinovo m’a émerveillée j’ai eu envie d’y vivre !", raconte Anastasia Gaïdardji, élève de 11e classe. 

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"C’était la première fois que je venais en Bulgarie. J’ai adoré découvrir Slantchev Briag et sa plage. Merci au ministère de l’Éducation et des Sciences et à la Bulgarie de nous avoir offert cette chance de connaître la patrie de nos ancêtres", souligne Katerina Zaim.

"Je rêvais depuis longtemps de visiter la Bulgarie et ce rêve s’est réalisé. Nous avons passé cinq jours inoubliables", conclut Viktoria Baldjik.

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Pour beaucoup de ces enfants, ces voyages constituent un premier contact avec la terre de leurs ancêtres. Des souvenirs qui, sans nul doute, ont renforcé ce fil invisible les reliant à leur origine un lien longtemps nourri seulement par les mots, et désormais incarné par l’expérience.


Version française : Svjetlana Satric