Auteur :
Violéta Achikova
Actualité
La future politique étrangère de Roumen Radev : entre l’UE et la Russie
mercredi 29 avril 2026 15:15
mercredi, 29 avril 2026, 15:15
PHOTO : BTA
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"Adversaire des sanctions contre la Russie", "pro-Kremlin", "eurosceptique", "bienveillant à l’égard de Moscou" : c’est ainsi que des analystes occidentaux voient Roumen Radev, sans pour autant le prendre pour le nouvel Orban de l’UE, soulignant que Roumen Radev ne remet pas en question la place de la Bulgarie dans l’UE et l’OTAN.
Ils font cependant valoir que pendant qu’il était président, Roumen Radev s’était abstenu de critiquer la guerre menée par la Russie en Ukraine, qu’il avait critiqué les sanctions de l’UE contre Moscou et avait jugé que l’adhésion de la Bulgarie à la zone euro sans référendum était une mauvaise idée.
"Il n’y a pas de place pour des illusions et des actions chaotiques dans ce monde qui devient un endroit de plus en plus inquiétant, imprévisible et dangereux", a souligné Radev dans sa campagne électorale, ajoutant que notre pays doit œuvrer à consolider nos capacités de défense et les alliances dont nous sommes membres :
PHOTO : Coalition "Bulgarie progressiste"
Mais cela ne se fait plus uniquement par de la loyauté, il faut aussi de la compétence et de la volonté pour défendre notre intérêt national dans ces alliances, parce que si nous voulons que ces alliances soient fortes, il faut aussi que les pays qui les composent soient forts, indique l’ancien président de la République et actuel leader de "Bulgarie progressiste" qui a remporté la majorité absolue au nouveau parlement.
Roumen Radev évite les confrontations directes avec l’Occident. Après sa victoire aux législatives du 19 avril il a insisté devant les médias étrangers pour une pensée critique et du pragmatisme en Europe :
La Bulgarie fera des efforts pour continuer sur sa voie européenne. Une Bulgarie forte dans une Europe forte a besoin de pensée critique, de pragmatisme, parce que l’Europe est devenue victime de sa propre ambition d’être un leader moral dans un monde sans règles.
Radev incite l’Ukraine à demander la paix, ne soutient pas l’envoi d’armes à Kiev et dit que sa déclaration que "la Crimée est russe" ne fait que constater une réalité stratégique.
PHOTO : BTA
Notre principal objectif est de préserver la paix et que la Bulgarie ne soit entraînée en aucune façon dans les conflits armés autour de nous. Ce n’est pas nous qui avons provoqué ces guerres et ce n’est donc pas à nous de les payer. Pas un centime ne doit venir de nous pour alimenter les guerres, au contraire, notre argent doit rester ici pour nos retraités, pour nos enfants. Tel est notre objectif, a déclaré Roumen Radev à une rencontre électorale début avril.
Les analystes ne s’attendent pas à ce que Roumen Radev remette en question l’adoption de l’euro ou les flux de financement de l’UE pour la Bulgarie, ni qu’il bloque des décisions de l’UE.
Les institutions européennes ont poliment réagi à la victoire de Roumen Radev et se sont dites prêtes à un travail fructueux avec ce nouvel acteur politique en Europe. La haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité Kaja Kallas s’est abstenue de parler d’attentes ou de craintes d’un éventuel changement de la politique étrangère de la Bulgarie envers l’Ukraine après la victoire électorale de "Bulgarie progressiste", se contentant de temporiser jusqu’à ce que le nouveau gouvernement bulgare soit formé afin qu’on puisse juger sur pièces.
PHOTO : UE
Le profil de politique étrangère du futur gouvernement de Roumen Radev se conformera au profil des électeurs qui ont voté pour "Bulgarie progressiste", estime dans un entretien à la RNB la directrice de la permanence du Conseil des affaires étrangères de l’UE à Sofia Maria Siméonova. A ses dires Radev a réussi à attirer des électeurs de tous les autres partis : des pro-russes modérés, des pro-européens modérés et des sceptiques quant à la zone euro :
Ce profil des électeurs de Roumen Radev le limitera en termes de décisions radicales ou de politiques radicales. La Bulgarie sous Roumen Radev gardera sa ligne pro-européenne et pro-otanienne, mais avec davantage de critiques envers les décisions qui seront prises dans les institutions et organisations internationales, mais à mon avis elles seront plutôt destinées à son public national qu’aux leaders européens, pense Maria Siméonova, en ajoutant :
Je pense qu’il serait exagéré de s’attendre à ce que la Bulgarie devienne le pays qui bloque des décisions de l’UE. Si Roumen Radev opte pour des prises de position plus extrêmes dans l’UE, il se retrouvera dans une situation assez désagréable. C’est un homme politique pragmatique qui comprend bien le risque que représenterait un tel positionnement de la Bulgarie dans l’UE. D’autant plus que la Bulgarie compte toujours fortement sur le financement en provenance de l’UE, surtout dans une conjoncture de flambée des prix chez nous.
PHOTO : RNB - Ludmila Jélézova/Pixabay
Quelles sont les positions importantes en matière de politique étrangère que notre nouvel exécutif doit formuler devant l’Europe et le reste du monde ?
Je commencerai par mentionner une question de politique intérieure, mais qui est directement liée au positionnement de la Bulgarie en Europe : l’assainissement de nos institutions. C’est lié à l’État de droit, à la lutte contre la corruption. Nous ne pouvons pas faire appliquer des décisions dans la politique étrangère si nos partenaires et nos alliés ne sont pas certains que nos institutions sont saines et ne peuvent pas succomber à des influences extérieures, à des attaques hybrides. Je pense qu’il est dans l’intérêt de la Bulgarie que nous soyons plus actifs, surtout dans la région de la mer Noire. L’UE est un acteur relativement récent dans cette région et attend de la Bulgarie et la Roumanie qu’elles proposent des initiatives. Nous pouvons également être plus actifs sur l’élargissement de l’UE, conclut Maria Siméonova.
Violéta Achikova
Version française : Christo Popov
Chargé de publication : Christo Popov