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7 mai – Journée de la Radio et de la Télévision

Les médias contemporains sont en compétition pour la confiance du public

Entretien avec Sergeï Stanovkin de la BBC

jeudi, 7 mai 2026, 14:49

Les médias contemporains sont en compétition pour la confiance du public

PHOTO : Annie Pétrova

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Pendant des décennies le 7 mai était la Journée de la radio et de la Télévision, date à laquelle le physicien russe l’ingénieur Aleksandar Popov a présenté en 1895 le premier poste de radio.

Bien que la Journée mondiale de la radio déterminée par l’UNESCO soit le 13 février, beaucoup de journalistes de radio et de télévision considèrent le 7 mai comme leur fête professionnelle.

Quel est le monde actuel des médias de l’audiovisuel et à quels défis contemporains sont-ils confrontés ? Nous nous entretenons là-dessus avec Sergeï Stanovkin, représentant commercial de BBC News pour l’Eurasie. Son parcours professionnel comprend la création du programme "Médias modernes" pour la BBC Academy qui met l’accent sur la transformation des chaînes de télévision nationales et la mise en place de chaînes concurrentes à l’échelle internationale dans un environnement médiatique de plus en plus mondialisé.

Sergey Stanovkin

PHOTO : Krassimir Martinov

M. Stanovkin, bonjour. Pour commencer, parlez-nous un peu de vous. D’où vient votre intérêt des médias et comment avez-vous commencé votre parcours à la BBC ?

Je suis diplômé de la faculté de Physique et de Cosmologie de l’Institut Physico-technique de Moscou. Je lisais tout le temps des journaux qui m’apprenaient plein de choses sur d’autres pays. J’ai toujours voulu savoir comment se forme l’image d’un pays à l’aide des médias, pourquoi les médias ont un tel pouvoir sur la façon dont on perçoit l’image des pays et aussi des compagnies dans le monde entier. Cet intérêt que j’avais de l’actualité s’est matérialisé en 2005 quand on m’a offert de devenir le représentant de BBC News à Moscou et de réaliser des projets commerciaux en partenariat de la chaîne télévisée. A l’époque il n’y avait pas encore de publicités du site BBC.com, elles n’ont été autorisées par le parlement qu’en 2009. Mais moi, j’ai commencé à travailler pour la BBC dès janvier 2006.

Sergey Stanovkin au Studio 39 de la RNB

PHOTO : Krassimir Martinov

Quels sont les défis majeurs auxquels font face les médias dans le monde contemporain ? Ils sont probablement assez différents dans les divers pays de la région dont vous êtes responsable.

Chaque pays a ses différences et ses défis. Dans beaucoup de régions, par exemple, les médias s’efforcent d’attirer le public par des informations négatives, ce qui a souvent un effet repoussoir. Mais ce qu’il y a de commun à tout le monde est la confiance du public.

Comment pensez-vous qu’un média doit construire son image pour gagner la confiance du public ?

Il faut avant tout connaître son public et travailler pour lui, pas pour soi-même. Si, par exemple, les gens veulent connaître les prévisions météo avant de sortir et ne les voient pas chez vous, ils iront voir ailleurs, ils changeront de chaîne. Les informations doivent donc suivre l’actualité au plus près, mais aussi être présentées dans un format intéressant que le public est prêt à utiliser. La concurrence dans les médias n’est plus simplement régionale, elle est globale. Pour beaucoup de gens la barrière de la langue n’existe plus, parce qu’il y a des moyens techniques de traduction rapide. L’important est le contenu des informations et à quel point leur format de présentation est compétitif, à quel point ces informations sont utiles et exhaustives. C’est ainsi qu’on obtient la confiance d’abord envers les informations et ensuite envers le média lui-même.

Sergey Stanovkin et le rédacteur en chef de Radio Bulgarie Krassimir Martinov

PHOTO : Dessislava Semkovska

Il existe des différences d’objectifs et de structure entre les médias publics et les médias commerciaux. En quoi consistent-ils dans les pays que vous observez ?

Vous savez, ces différences-là n’ont guère d’importance pour le public. Les gens ne se demandent pas si tel ou tel média est financé par le gouvernement, la région ou un sponsor privé. Pour ceux qui font de la politique, oui, ils sont enclins à entrer dans les détails et cela les intéresse. Mais la majorité du public ne réfléchit pas au financement ou la propriété des médias. Si vous pensez qu’il est important de souligner vos liens avec l’État, vous pouvez le faire. Si, en revanche, vous voulez donner une impression de dynamisme, de rapidité, de faculté d’adaptation, vous dites que vous êtes un média corporatif ou privé. Il y a des programmes de soutien des médias privés en Europe et dans le monde, mais il y a aussi des programmes de soutien des médias publics, parce que ces médias remplissent une fonction très importante. La concurrence n’est pas tellement pour le financement, mais plutôt pour l’attention du public.

Sergey Stanovkin et la journaliste du service anglais de Radio Bulgarie Rossitsa Petkova

PHOTO : Krassimir Martinov

A quoi est lié votre intérêt de la Bulgarie en ce moment ? Que savez-vous de notre pays et quel est son potentiel, notamment dans les médias ?

C’est un potentiel très important et qui n’est pas encore entièrement réalisé à mon avis. La Bulgarie a connu beaucoup de changements aussi bien politiques que sociaux. Ces dernières années l’attitude prévalente est "attendons de voir". Votre pays est dans un état permanent d’attente. Le narratif "on n’a pas encore de gouvernement régulier" ou "quand on aura un gouvernement régulier" s’est diffusé au niveau corporatif et de là dans les attitudes individuelles. Alors que c’est précisément dans une telle conjoncture qu’il est toujours facile de commencer quelque chose de neuf, aussi bizarre que cela puisse paraître. Parce que chaque projet concret crée la surprise – ah, tiens, quelqu’un a décidé de ne pas attendre ?! Avant on disait que le problème peut être résolu de différentes façons et s’il n’est pas résolu, il disparaîtra de lui-même. D’une part, la Bulgarie me semble être un pays où ce nouveau départ est lancé. D’autre part, la Bulgarie a une situation géographique et géoéconomique importante.  Les industries sont développées, mais la Bulgarie est peu connue dans le reste du monde, on en parle surtout dans un contexte de politique intérieure et pas dans un contexte d’événements internationaux ou économiques. Il y a beaucoup à faire en termes de la valorisation de la marque. En ce qui concerne l’éducation, elle est à un niveau très élevé en Bulgarie. Ce désir et ces possibilités de créer quelque chose de nouveau se réalisent dans la culture des start-ups qui sont des compagnies très actives et remarquées. On en parle beaucoup, mais encore une fois on se regarde agir au lieu de se concentrer sur son public et d’expliquer pourquoi ce qu’on fait est important et pour qui. Là aussi, il y a beaucoup à faire pour une meilleure qualité des communications afin que ces communications soient non seulement fréquentes et importantes, mais aussi qu’elles soient de qualité, qu’elles soient compétitives, qu’elles soient remarquées et qu’elles soient dans le format approprié. Et surtout, qu’elles soient adressées au public approprié.

 

Krassimir Martinov, Dessislava Semkovska

Version française : Christo Popov