Auteur :
Guergana Mantchéva
Actualité
À Sofia, la fermeture du Centre tchèque provoque une levée de boucliers
mardi 19 mai 2026 11:00
mardi, 19 mai 2026, 11:00
PHOTO : BGNES
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Une onde de choc traverse les milieux culturels et universitaires bulgares depuis l’annonce, à la fin du mois d’avril, de la fermeture prochaine du Centre tchèque de Sofia. La décision, prise par la direction générale du réseau des Centres tchèques pour des raisons budgétaires, intervient avec une ironie cruelle : le 5 mai marquait précisément le 77e anniversaire de cette institution, la plus ancienne représentation culturelle tchèque à l’étranger.Le ministère tchèque des Affaires étrangères a réduit le financement alloué à son réseau culturel de 180 à 157 millions de couronnes, entraînant la fermeture de plusieurs antennes, après Milan, Stockholm et Tbilissi. Institutions publiques financées par l’État tchèque, les Centres tchèques constituent l’un des principaux instruments de la diplomatie d’influence de Prague. Leur mission : promouvoir le pays à travers les arts, les industries créatives, l’enseignement de la langue tchèque à l’étranger, ainsi que les avancées scientifiques et technologiques du pays.
PHOTO : Le Centre tchèque de Sofia
Celui de Sofia occupe une place singulière. Non seulement en raison de ses 77 années d’existence, mais aussi parce qu’il est le plus ancien établissement tchèque de ce type à l’étranger. Créé en 1949 dans le cadre d’un accord culturel entre la Tchécoslovaquie et la Bulgarie, l’établissement avait d’abord vu le jour sous la forme d’un magasin culturel baptisé Œuvres tchécoslovaques Orbis. Son succès fut tel qu’une seconde antenne ouvrit rapidement. Après la dissolution de la Tchécoslovaquie en 1993, la République tchèque transforma ces anciens centres en un réseau moderne de diplomatie culturelle.
PHOTO : BTA
À Sofia, une pétition a rapidement circulé pour réclamer le maintien du centre, tandis qu’une manifestation particulièrement suivie s’est tenue dans le jardin du monument Stefan Stambolov. Universitaires, écrivains, traducteurs, bohémistes, artistes et étudiants s’y sont rassemblés pour défendre ce qu’ils considèrent comme l’un des derniers grands espaces du dialogue culturel tchéco-bulgare.
Le Conseil académique de l’Université de Sofia "Saint-Clément-d’Ohrid" s’est prononcé à l’unanimité contre la fermeture. Le département des études slaves a adressé une lettre officielle aux autorités tchèques, appelant à reconsidérer la décision. "Le Centre tchèque de Sofia est l’héritier d’une longue tradition de relations culturelles entre la Bulgarie et la Tchéquie, et celles-ci demeurent aujourd’hui une part essentielle de la mémoire culturelle nationale bulgare", peut-on lire dans ce courrier adressé au ministre tchèque des Affaires étrangères ainsi qu’au directeur général du réseau des Centres tchèques.
PHOTO : BTA
Le rassemblement organisé le 5 mai dans le jardin du monument à Stefan Stambolov, au cœur de Sofia, a réuni intellectuels, bohémistes, chercheurs, enseignants, écrivains et poètes. Parmi les voix les plus mobilisées figurent celles des étudiants en langue et littérature tchèques, pour qui le centre représente bien plus qu’une bibliothèque ou un lieu de conférences.
"Nous avons appris la nouvelle par nos enseignants. Dès que l’avis officiel de fermeture a été communiqué, l’information s’est répandue très rapidement. Nous nous sommes mobilisés presque immédiatement. Les actions de protestation ont été organisées en à peine une semaine", racontent Bilyana Petkova et Maya Petkova, étudiantes en cinquième année de philologie slave.
Bilyana Petkova et Maya Petkova
PHOTO : BTA
"Nous appelons à une révision de cette décision, car elle assombrirait un échange culturel extraordinairement riche et fécond entre nos deux pays européens. Sofia, et la Bulgarie tout entière,perdraient un partenaire culturel d’une valeur inestimable. Le Centre tchèque a toujours été pour nous un espace d’expression et d’accueil. Ce que nous risquons surtout de perdre, c’est une culture partagée et une expérience commune."
Pour beaucoup, le Centre tchèque est devenu au fil des décennies un véritable foyer spirituel et intellectuel. Une institution discrète, mais profondément enracinée dans la vie culturelle bulgare.La journaliste et écrivaine Lidiya Galabova, présente lors de la manifestation, a rappelé avec émotion l’empreinte historique laissée par la culture tchèque en Bulgarie :
PHOTO : BTA
"Le premier film que j’ai dû éditer pour la télévision portait sur le peintre bulgare d’origine tchèque Ivan Mrkvička. C’est alors que j’ai découvert que l’autel gauche de la cathédrale Alexandre-Nevski de Sofia avait été peint par lui, ainsi que les voûtes du côté droit au-dessus de l’autel. On y voit la rencontre entre le diable et les anges. Nous espérons tous avoir la chance des anges. Au Centre tchèque ont été présentés tant de livres, y compris les miens. Nous parlons avec notre cœur. Nous adressons nos prières au ciel – à la Tchéquie aussi, et peut-être à Mrkvička, qui voit lui aussi ce qui se passe aujourd’hui."
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric