lundi 1 juin 2026 13:45
lundi, 1 juin 2026, 13:45
PHOTO : Yana Lozeva, International Booker Prize
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"L’écrivain doit écrire sans penser aux prix", estime Rene Karabash dont le roman Vierge jurée (publié en anglais sous le titre She who remains) a failli remporter un prix Booker. Après Le pays du passé de Guéorgui Gospodinov, c’est une seconde preuve que la littérature bulgare est digne d’occuper une place sur la scène mondiale. 128 livres traduits en anglais et publiés au Royaume-Uni et en Irlande pendant les 12 derniers mois étaient en lice lors de la dernière édition du concours. Conformément au règlement, le jury en a d’abord sélectionné 13, la longue liste, pour ensuite les réduire à 6 titres, parmi lesquels figurait le roman de Rene Karabash.
Vierge jurée (ostaïnitsa, femme qui fait serment de virginité et commence à mener une vie d'homme et de chef de famille, une tradition dans la société patriarcale au nord de l'Albanie) a pourtant déjà été récompensé de plusieurs prix prestigieux : le prix national de littérature "Elias Canetti", une nomination "Roman de l’année" du Fonds national de dotation "13 siècles de Bulgarie", le prix de littérature "Peroto". L’histoire qui raconte la vie des vierges jurées en Albanie a fasciné des lecteurs du monde entier. Son autrice Iréna Ivanova qui est poétesse, écrivaine, scénariste et dramaturge, connue sous le pseudonyme Rene Karabash, relate :
"Bien sûr, j’ai fait des recherches sur ce sujet qui est très complexe et se rapporte aux lois albanaises dites "kanun". Elles existent à certains endroits dans les Balkans mais pas en Bulgarie. J’ai mis environ 2 ans à lire des ouvrages et regarder des documentaires sur ces "vierges jurées". J’ai parcouru beaucoup de leurs interviews et j’ai lu ce que signifient les prénoms albanais, carpour moi il est essentiel que les noms de mes personnages reflètent leur destin. Je crois en effet que chacun vient au monde avec son nom, et que cela impacte nos vies d’une manière ou d’une autre."
PHOTO : book.store.bg
Si le roman Vierge jurée n’a pas réussi à décrocher un prix Booker, il a déjà été traduit en 23 langues. Son édition brésilienne est le premier roman bulgare publié en ce pays. A la fin de 2023, Marie Vrinat-Nikolov a été récompensé du prix de traduction du PEN Club français pour sa traduction du roman. Le prix Gulf Coast Translation Prize aux Etats-Unis a été attribué à Izidora Angel pour sa traduction en anglais en 2025 qui a également reçu le prix HEIM du PEN Club américain en 2025. Le livre a été nommé aux prix littéraires suédois Prisma et figure dans la sélection des "21 meilleurs livres à paraître en 2026" du club de lecture de la chanteuse Dua Lipa.
PHOTO : BTA
Rene Karabash confie en souriant :
"C’est, certes, un défi pour chacun de mes traducteurs mais je suis de l’avis qu’ils s’en sont merveilleusement sortis et que ce n’est pas un hasard si leurs traductions remportent autant de prix à travers le monde. J’essaie de ne pas m’y mêler, cependant ils ont beaucoup de questions à me poser sur certaines parties du texte ou bien des mots archaïques bulgares ou turcs. C’est surprenant mais je redécouvre mon roman avec chaque traduction. Il y a même des choses dont je me rends compte que je les ai écrites grâce à mes nouveaux traducteurs et à mes nouveaux lecteurs."
PHOTO : BTA
D’après Rene Karabash, les prix ne sont pas quelque chose de mauvais en soi, car ils permettent aux livres de devenir plus visibles, reconnaissables et, bien sûr, atteindre un plus large public. Cependant, l’écrivaine poursuit :
"Pour moi, il y a aussi un autre côté de la médaille. Je dis parfois que les prix sont une grande malédiction pour un artiste parce qu’ils le sortent du monde où il crée son art et le forcent dans le monde de l’égo. Si on n’a pas travaillé sur soi-même, on risque de se précipiter de très haut. D’autre côté, il y a déjà de très grandes attentes à son égard et si on est perfectionniste ou on a à l’intérieur de soi un critique à la voix puissante, cela peut nuire à son écriture car on ne pense qu’à la manière de refaire un livre aussi réussi. "
Avec Aziz Tash
PHOTO : archives personnelles
L’écrivaine partage aussi sa recette d'écriture, peu importe si on a déjà remporté un prix ou pas :
"Je pense que chaque écrivain doit être capable d’entrer dans sa chambre et ne pas penser aux prix en écrivant mais se consacrer à soi-même et aux autres sans se soucier de savoir si ce livre sera lu, s’il sera nommé à un prix… Orhan Pamuk parle de deux types de conteurs : ceux qui créent par l’intelligence et la logique, et ceux qui rassemblent à un petit enfant qui s’amuse et joue à travers l'écriture. Selon moi, il est important qu’il y ait un équilibre entre les deux, car tout ce que nous ressentons pendant l’écriture laisse son empreinte sur la page et peut être perçu par les lecteurs."
Version française : Maria Stoeva
Chargé de publication : Maria Stoeva