Auteur :
Guergana Mantchéva
Actualité
Quand Prague s’invite à Sofia sous le pinceau de Petya Konstantinova
Dessiner demande du travail et de la constance : il faut s’imposer un rythme, mettre en mouvement la roue de l’imagination
jeudi 18 juin 2026 13:10
jeudi, 18 juin 2026, 13:10
PHOTO : Archives personnelles
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"Les villes que nous habitons finissent, en réalité, par nous habiter elles aussi. Elles se glissent dans nos cœurs et dans nos pensées, s’invitent dans notre langage, nous apprivoisent et font de nous des habitants à leur image." Tel est le fil conducteur de l’exposition de la jeune artiste Petya Konstantinova, présentée dans le grand foyer du Centre culturel tchèque à Sofia. Ses toiles, peuplées de chats, de chiens, d’oiseaux et de silhouettes de maisons, déploient un univers naïf et poétique nourri de sa "Prague volante". Le vernissage a réuni de nombreux amateurs d’art coloré, séduits par cette atmosphère chaleureuse, et l’artiste a même animé un atelier de dessin ouvert à ses visiteurs les plus passionnés.
PHOTO : Centre culturel tchèque à Sofia
Installée depuis dix ans dans la capitale tchèque, Petya Konstantinova puise désormais l’essentiel de son inspiration dans les rues et l’atmosphère de Prague. Sous son pinceau apparaissent des personnages coiffés d’immenses chapeaux surmontés de chopes de bière, tandis que d’autres œuvres mettent en scène le pont Charles, le château de Prague et les cathédrales, baignés dans la lumière douce des réverbères qui joue avec les reflets de la Vltava.
PHOTO : Petya Konstantinova
Sans formation académique en arts plastiques, Petya Konstantinova se consacre principalement à la peinture depuis treize ans. Ses œuvres ont été exposées en Bulgarie, en République tchèque, en Allemagne, en Pologne, en Belgique et au Luxembourg. Elle collabore également comme illustratrice avec des maisons d’édition en Bulgarie, en République tchèque, en Roumanie et jusqu’en Chine.
"Le dessin a toujours accompagné ma vie, mais plutôt comme un loisir", raconte Petya Konstantinova dans un entretien accordé à Radio Bulgarie. "Mon parcours professionnel s’est d’abord construit dans l’édition, les agences de publicité, le marketing et la communication. Mais la pression était devenue très forte."
PHOTO : Guergana Mantchéva
"À un moment donné, j’ai compris que ce rythme n’était plus tenable et qu’il fallait le changer. Au début, je n’avais pas de solution claire. On se dit qu’on va ralentir, se reposer davantage, ne plus se laisser gagner par le stress… mais cela ne fonctionne pas ainsi. On retombe toujours dans les mêmes schémas. La décision a été très émotionnelle : j’ai atteint un point où je n’étais plus capable de travailler sous pression. Un jour, j’ai quitté mon emploi. Dans les périodes difficiles, on se tourne vers ce qui apaise. Pour moi, c’était le dessin. Et, comme si l’univers m’avait tendu la main, j’ai reçu une invitation à exposer au Luxembourg."
Ce qui réjouit le plus l’artiste, c’est de voir l’émerveillement dans le regard du public. "Recevoir la reconnaissance d’inconnus vaut bien davantage que de plaire à ses proches", confie-t-elle avant de poursuivre :
PHOTO : Guergana Mantchéva
"Les réseaux sociaux m’ont permis, dans une certaine mesure, d’accéder directement au public. Des commandes ont commencé à arriver de maisons d’édition, d’agences de publicité, mais aussi d’entreprises qui n’ont aucun lien avec le monde de l’art. Cette clientèle professionnelle me donne la conviction que ce que je fais a du sens. Je remarque également que les personnes qui apprécient mes tableaux partagent souvent un rythme intérieur proche du mien, une sensibilité comparable. Ou bien elles reconnaissent, à un moment précis de leur vie, une émotion qui leur appartient dans ce que j’ai peint."
L’inspiration, assure l’artiste, se trouve partout. Elle peut naître d’un simple geste de bonté ou de tendresse accompli par un inconnu. Voir quelqu’un s’arrêter dans la rue pour caresser un chat, ou se pencher pour remettre un escargot du trottoir dans l’herbe, suffit parfois à éveiller le regard du créateur.
PHOTO : Guergana Mantchéva
"J’ai toujours cherché la métaphore dans le dessin. Dans une peinture, on peut découvrir une multitude de significations, à condition d’avoir le regard nécessaire. Dessiner demande du travail et de la constance : il faut s’imposer un rythme, mettre en mouvement la roue de l’imagination. Parfois, pour sortir d’une situation difficile, il suffit simplement de changer de point de vue. Et il n’est jamais trop tard pour découvrir un talent que l’on ignorait posséder. Il suffit de se reconnecter à soi-même et de s’accorder du temps."
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric