Actualité
Nous n’avons pas d’organisme de contrôle de la qualité des services de santé
jeudi 16 juillet 2026 13:27
jeudi, 16 juillet 2026, 13:27
PHOTO : BGNES
Taille de la police
La Bulgarie est première de l’UE pour le nombre de lits d’hôpital par habitant (870 pour 100 000 personnes), mais elle est parmi les derniers pour le nombre d’infirmières – à peine 4,4 pour 1000 personnes, alors que la moyenne de l’UE est de 8,5, indiquent des statistiques citées par l’Association bulgare des professionnels de la santé. Ce déséquilibre rend le système inefficace. Les normes médicales qui sont censées déterminer le nombre minimum de professionnels par rapport au nombre de lits fait actuellement l’objet de batailles juridiques et le manque de telles normes ne peut pas garantir un service médical de qualité à chaque patient.
Un des problèmes majeurs pour la qualité du traitement médical est le manque d’un organisme qui assure le suivi non seulement de la documentation, mais aussi des résultats du traitement, indique le docteur Aleksandar Aleksandrov de l’Hôpital national de cardiologie :
Le docteur Aleksandar Aleksandrov
PHOTO : Eléna Beykova
Il n’y a pas d’organisme de contrôle de la qualité des services de santé publique en Bulgarie. Une telle institution n’existe pas. Par exemple, je suis secrétaire scientifique de l’Association de cardiologie invasive et en tant qu’organisation professionnelle dans ce domaine nous allons introduire un registre où chacun inscrira ses procédures de type invasif. Cela permettra un meilleur contrôle du financement par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) et les fraudes deviendront bien plus difficiles.
La transparence est capitale pour stopper les fraudes dans les établissements de santé. En Suisse par exemple ces établissements publient des données sur le taux de mortalité de leurs patients et s’il est supérieur à la normale, cela entraîne des inspections, des formations supplémentaires pour le personnel ou même, dans certains cas, la fermeture de certains services. Alors qu’en Bulgarie il n’y a souvent même pas une communication de base entre les institutions, affirme le médecin dans un entretien à la chaîne info de la RNB :
PHOTO : Facebook / Hôpital national de Cardiologie
Je n’ai franchement aucune idée à quel point les différentes institutions sont interconnectées, par exemple de quelles données de la CNAM dispose l’Agence de supervision médicale qui doit faire des inspections si elle le juge nécessaire. Je pense que c’est de là que découlent les problèmes : il n’y pas suffisamment d’inspections par manque de communication entre les nombreux organismes du système de la santé publique.
En dépit des lacunes administratives et des déficits financiers, les médecins bulgares continuent de prendre des risques pour sauver des vies. Un exemple marquant en est l’histoire d’une femme enceinte de 29 ans, Dessi, et de ses jumeaux dont les vies ont été sauvées après une intervention unique pour suturer une aorte déchiquetée sous contrôle à ultrasons par le docteur Aleksandar Aleksandrov. Les médecins de l’Hôpital national de Cardiologie et de l’Hôpital de gynécologie-obstétrique "Maytchin dom" (Foyer maternel) ont prouvé que la médecine bulgare a des spécialistes de qualité mondiale.
Dessi et ses jumeaux
PHOTO : "Maytchin dom"
Quand il s’agit de trois vies, la fébrilité et la peur tentent de prendre le dessus et obscurcir l’évaluation médicale. Il fallait agir, parce que sinon tous les trois seraient morts. Je ne regrette pas une seconde le risque que j’ai pris. Dans ce cas précis je ne pouvais pas utiliser un scanning aux rayons X à cause des bébés. J’ai donc dû opérer en scanning aux ultrasons et c’était la toute première fois que je faisais ça, confie le docteur Aleksandrov.
Ce triomphe professionnel s’est toutefois produit dans un contexte de graves lacunes structurelles, d’une absence de contrôle de la qualité et de pénurie critique de personnel. Tout cela doit être résolu pour avoir une qualité élevée du service médical, la confiance des patients et l’assurance que ces miracles de la médecine ne seront pas des exceptions dues à l’héroïsme professionnel de tel ou tel spécialiste, mais la règle dans le domaine de la santé.
Édition : Eléna Karkalanova, sur un entretien d’Eléna Beykova de la chaîne info de la RNB
Version française : Christo Popov
Chargé de publication : Christo Popov