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"Dilmano, dilbero", la taquinerie amoureuse de la région Chope

vendredi, 24 juillet 2026, 17:10

"Dilmano, dilbero", la taquinerie amoureuse de la région Chope

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Véritable succès grâce à sa très populaire version chorale tirée du répertoire de lEnsemble dEtat de chansons et danses folkloriques (connu aujourdhui comme Ensemble national bulgare de chants et de danses "Philip Koutev") , la chanson "Dilmano, dilbero" ( "Comment plante-t-on les poivres ?") figure parmi les œuvres humoristiques les plus populaires de la région des Chopes.

En fait, ce chant sinscrivait initialement dans le rituel traditionnel de mariage chez les chopes, il était interprété durant la nuit de noces. La métaphore de la "plantation des poivres" y désignerait ainsi l'intimité entre les mariés. En soi, "Comment plante-t-on les poivres" est une ancienne danse rituelle bulgare à caractère érotique, imitant le labour de la terre et la plantation. Cette coutume nuptiale printanière ou estivale rejoue l'acte amoureux. Exécuté par des hommes lors des mariages ou des veillées villageoises, ce rituel était considéré dans les croyances populaires comme une pratique magique destinée à favoriser la santé, la fertilité et la pérennité de la lignée.

"Dilmano, dilbero est devenu populaire dabord grâce à l'interprétation de la chanteuse Vassilka Petkova, née en 1923 dans le village d'Yarlovtzi (aujourd'hui quartier de la ville de Dragoman), situé à proximité de la frontière ouest de la Bulgarie. Vassilka est issue d'une famille musicale : sa grand-mère et son père étaient renommés pour la beauté de leur voix. Héritière de ce talent, elle possède un riche répertoire dès l'âge de 17 ans. C'est auprès de son grand-père que Vasilka apprend "Dilmano, dilbero". Ses premiers enregistrements et interprétations pour Radio Sofia datent de 1949.

"Dilmano, dilbero", la taquinerie amoureuse de la région Chope

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Dans les années 1950, la chanson attire l'attention d'Ivan Kavaldjiev (1891–1959), chercheur, dirigeant des sembles de musique folklorique, chef d'orchestre et compositeur. Après avoir commencé sa carrière comme violoniste dans l'orchestre de l'Opéra de Sofia, il se consacre entièrement au folklore bulgare à partir des années 1930. Il dirige de petites formations de musique traditionnelle à Radio Sofia et "Rosna Kitka" (le premier ensemble de danse d’enfants en Bulgarie, fondé en 1946, à m’époque, chœur d'enfants de la Radio nationale). Au cours de sa vie, il collecte et transcrit plus de 3 000 chansons traditionnelles bulgares. En 1951, aux côtés de Philip Koutev et de Margarita Dikova, il fonde l’Ensemble national de chants et danses folkloriques. Dans son livre de mémoires, Maria Kouteva se souvient :

"Dilmano, dilbero", la taquinerie amoureuse de la région Chope

PHOTO : Agence nationale des archives

"Le chef d'orchestre était Ivan Kavaldjiev, un homme de terrain. Il n'avait achevé que l'enseignement primaire, mais il possédait une immense expérience auprès des interprètes et une excellente oreille pour transcrire la musique traditionnelle. Il a été nommé le 1er février 1951. Il n’est pas resté très longtemps dans l'Ensemble qu’il a quitté en 1953. Mais tant qu'il y travaillait, il savait dirigeait de sa manière naturelle et sympatique tous ces musiciens, chacun ayant ses habitudes et sa propre vision. Ce ne devait pas être facile : seuls quelques-uns d'entre eux pouvaient lire les notes. Durant cette période, il a composé plusieurs pièces pour le répertoire de l’Ensemble : la musique de "Svatbarska ratchénitsa" ("Ratchénitsa nuptiale"), une Suite nuptiale pour orchestre, et la chanson "Dilmano, dilbero" pour chœur et orchestre, qui n'a jamais cessé d’être interprété depuis..."

Depuis le milieu du siècle dernier, une question revient pourtant : quel est exactement le sens du titre "Dilmano, dilbero", manifestement ancien ? On considère que la première chercheuse bulgare à avoir proposé une explication convaincante est Dessislava Petkova. Dans son mémoire d'indologie publié en 2009, elle explique qu'en hindi, dilmana signifie "amie", et dilbera "bien-aimée". Daprès des collègues de la chercheuse dil mānnā désigne en fait celle qui est "encline à satisfaire les désirs", tandis que dil-bar signifie effectivement "bien-aimée". Si cette traduction est exacte, le texte devient parfaitement compréhensible : "Mon amoureuse, ma bien-aimée encline à satisfaire mes désirs, dis-moi... comment plante-t-on les poivres !".

Chanson joyeuse, "Dilmano, dilbero" a inspiré de grands compositeurs bulgares, dont le célèbre Panctho Vladiguérov. Aujourd'hui encore, de grands musiciens l'utilisent comme thème pour des variations virtuoses. L'une des versions contemporaines les plus remarquables est celle de la percussionniste bulgare Vassilena Sérafimova et du célèbre pianiste français Thomas Enhco.

Néanmoins, la version le plus prisée et le plus souvent interprétée de ce chef-d'œuvre intemporel demeure l'adaptation chorale a cappella du grand Krasimir Kurktchiyski.

Version française : Maria Stoeva