Auteur :
Tsvétana Tonchéva
Actualité
Olga Borissova : la madone parmi les stars du folklore bulgare
Cette année marque le 85e anniversaire de la naissance d’une des plus illustres solistes du Mystère des voix bulgares
jeudi 6 août 2026 14:10
jeudi, 6 août 2026, 14:10
PHOTO : RNB - archives
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De son vivant, on affirme que la chanteuse de musique traditionnelle Olga Borissova (28 juin 1941 – 21 septembre 2021) était destinée à la scène. On note souvent sa voix extraordinaire, son répertoire original, son intelligence, son excellent goût artistique, sa présence scénique remarquable et sa beauté peu commune.
Née à Jilentsi, petit village au pied de la montagne Ossogovo, à 5 km à l’ouest de Kustendil, Olga rêve dès son enfance à une carrière dans le théâtre. "Je pense que j’ai trouvé le bon chemin dans la vie. Et quand on a trouvé ce qui permet d’être en harmonie avec soi et avec le monde qui l’entoure, on est forcément heureux", confie Borissova dans une interview à la RNB datant de 2016.
Son parcours vers les scènes les plus prestigieuses d’Europe, Amérique, Asie et Afrique peut sembler incroyable. Une fois diplômée du lycée à Kustendil, elle est invitée à participer au concours pour intégrer l’Ensemble de chants traditionnels de la RNB.
PHOTO : archives.bnr.bg
"C’était un tel événement pour moi, un tel émoi, moi qui n’avais jamais quitté ma ville Kustendil. A mes yeux, Sofia était quelque chose d’inaccessible, comme Paris", relate la chanteuse. Au début des années 1960, elle est une des des solistes principales de l’Ensemble de chants traditionnels de la RNB, connu plus tard comme "Le Mystère des voix bulgares".
Sa contribution à la préservation et la promotion des chants de la région de Kustendil est énorme. Elle en a enregistré des centaines pour la Radio nationale et la compagnie de disques Balkanton et compte plusieurs albums solos à son actif. Des compositeurs bulgares renommés ont créé des arrangements pour elle. Lauréate de prestigieux prix nationaux et internationaux, son nom figure dans l'Encyclopédie des musiques du monde publiée à Londres.
A l’occasion du 85e anniversaire de Borissova, le célèbre chanteur de musique traditionnelle, chercheur, producteur et journaliste Daniel Spassov, ami intime de la chanteuse, se rappelle de sa dernière émission télévisée, dans une interview accordée à Radio Bulgarie :
"Elle ressemblait vraiment aux jeunes filles des tableaux de Vladimir Dimitrov - le Maître. Et bien que très malade, elle a tenu à faire cette émission, ce qui était un véritable exploit de sa part. Elle chantait dans les mêmes tonalités qu'à l'âge de 20 ans, lorsqu'elle est arrivée ici, à la Radio nationale bulgare en intégrant l’Ensemble de chants traditionnels, un soprano aigu ! Sa voix a été préservée jusqu'au bout."
PHOTO : Mairie de Kustendil
"Une chose très importante était sa force d’esprit", poursuit Spassov. "C’est quelque chose qui la caractérisait mais qui était également un trait distinctif de tout cette génération des années 60, 70, 80, qui avait pour cause et mission spirituelle la promotion, le rayonnement du folklore sous cette forme polyphonique, harmonisée et a capella qui a fasciné le monde entier. Elles ne demandaient jamais quel serait leur cachet. Elles avaient seulement ce besoin intérieur de chanter."
Daniel Spassov note la place particulière qu’occupe Olga Borissova dans la pléiade des grandes interprètes de musique traditionnelle : "Elle était très différente… Elles avaient toutes de très fortes personnalités, mais elle brillait par une singularité toute particulière. Elle possédait une culture générale et des centres d'intérêt incroyablement vastes."
Et quid de ses qualités de musicienne?
"Un beau soprano magnifique, haute, immédiatement reconnaissable, qu’on ne peut pas confondre. Elle maîtrisait les nuances les plus fines : du chant très dramatique et puissant au falsetto ! Il y a des années, on l’a même enregistrée dans une production cinématographique française où elle chantait en français et en bulgare. Elle a abordé une musique totalement différente et l'a fait avec brio. Elle était l’alliance de tout cela : la force du chant traditionnel, réinterprétée de manière intellectuelle dans une version plus cultivée, qui ne dénaturait toutefois pas l’archétype.
"Je suis très fière d'être le fruit, l’enfant d'un peuple extrêmement talentueux qui a créé un art grandiose et inégalé", déclarait Olga Borissova dans un entretien accordé à la RNB. "Il y a des gens en Bulgarie qui disent que le chant folklorique est simple et s'adresse aux gens simples. C'est absolument faux et inexact."
Version française : Maria Stoéva
Chargé de publication : Maria Stoeva