Auteur :
Daniel Nentchev
Actualité
Un art qui tient dans la paume de la main
Les "Monuments intimes" de Nadia Rozeva
Une exposition de médailles d’art à l’Institut culturel bulgare de Paris
mardi 18 août 2026 13:10
mardi, 18 août 2026, 13:10
Nadia Rozeva
PHOTO : Daniel Nentchev
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Où le monumental rencontre-t-il l’intime ? Et quelle ampleur peut prendre un univers artistique concentré dans un objet qui tient au creux de la main ? C’est tout l’enjeu de l’exposition "Monuments intimes", de l’artiste bulgare Nadia Rozeva, présentée à la galerie de l’Institut culturel bulgare de Paris.
L’exposition réunit des œuvres réalisées au cours des vingt dernières années et met à l’honneur un genre relativement méconnu : la médaille d’art contemporaine.
À la différence des médailles commémoratives, sportives ou idéologiques produites en série, la médaille d’art est une œuvre plastique à part entière. Elle ne se contente pas de commémorer un événement ou une personnalité : elle crée une image, raconte une histoire et ouvre un espace propice à une expérience personnelle.
PHOTO : Daniel Nentchev
"Le point de rencontre réside dans ce que l’on peut dire et concentrer dans un espace extrêmement réduit, tout en faisant en sorte que l’ensemble ait du sens lorsque le spectateur le regarde ou le prend en main. Même le poids de la médaille influe sur la perception de l’image", explique Nadia Rozeva.
Le contact physique est précisément l’une des particularités de cette forme d’art. La médaille peut être regardée sur ses deux faces, touchée, retournée, et appréhendée par son poids, son relief, voire sa température. Selon les définitions contemporaines généralement admises, son diamètre ne dépasse habituellement pas 15 centimètres, afin qu’elle puisse être tenue confortablement dans la main d’un adulte.
PHOTO : Daniel Nentchev
"Tant que la médaille tient bien dans la main et raconte une histoire, il n’y a aucune limite quant au matériau", souligne l’artiste.
Rozeva travaille selon une technique traditionnelle dont les origines remontent à la Renaissance : elle commence par créer un modèle, qui est ensuite coulé dans le métal. Une grande partie des œuvres présentées ont été réalisées par moulage au sable. Ce procédé laisse sur le métal de fines traces du contact avec le matériau de moulage, faisant de la surface elle-même une composante du récit artistique.
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Chaque médaille est ensuite travaillée et patinée à la main par l’artiste. Même les œuvres appartenant à une même petite série présentent ainsi leurs propres particularités. Dans le domaine de la médaille d’art, un tirage limité à quinze exemplaires est considéré comme une édition originale de l’artiste.
"J’expérimente toujours avec les patines et chacune est différente de la précédente", raconte Nadia Rozeva.
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L’exposition présente des œuvres aux thèmes variés, du brutalisme balkanique et de l’architecture de Skopje à la nature, à la puissance féminine et aux figures bibliques intemporelles. L’artiste fait dialoguer récits anciens et références contemporaines, non sans une pointe d’humour : "Les êtres humains se sont aimés dans l’Antiquité, ils s’aiment encore aujourd’hui. Adam et Ève sont désormais devenus Madame et Ève."
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Nadia Rozeva a étudié aux États-Unis, en Allemagne et en Autriche, ainsi qu’à l’Académie nationale des beaux-arts de Sofia, auprès du professeur Bogomil Nikolov. Ses œuvres figurent dans les collections du British Museum à Londres, du Cabinet royal des monnaies à Stockholm, de la Galerie nationale des beaux-arts de Sofia, du musée de Bergen et du Musée de la Monnaie et des Médailles de Kremnica. Elle est également l’auteur du trophée "Rose d’or", remis lors du festival du cinéma bulgare.
Installée aujourd’hui à Paris, l’artiste collabore avec la Monnaie de Paris. Elle y fait notamment des démonstrations de techniques de la médaille, présentant aux visiteurs son processus de création et les savoir-faire traditionnels sur lesquels elle fonde son travail.
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L’exposition de l’Institut culturel bulgare a été inaugurée par Béatrice Coullaré, responsable des collections et de la conservation au musée de la Monnaie de Paris et l’une des spécialistes françaises reconnues de la médaille d’art. Selon Nadia Rozeva, Béatrice Coullaré a notamment souligné la poésie et la maîtrise technique de ses œuvres, ainsi que la manière dont l’artiste repousse les limites traditionnelles du genre.
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"Monuments intimes" montre ainsi comment une forme artistique en apparence minuscule peut acquérir une force monumentale – non par ses dimensions, mais par la concentration d’images, de mémoire, de matière et d’expérience personnelle qu’elle renferme.
PHOTO : Daniel Nentchev
L’exposition est à découvrir jusqu’à la fin du mois d’août 2026.
Version française: Svjetlana Satric