Auteur :
Stoyan Radev
mardi 1 septembre 2026 13:10
mardi, 1 septembre 2026, 13:10
PHOTO : BTA
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Un tapis peut-il être un "passeport" pour accéder au patrimoine culturel mondial ? Et pourquoi les mains expertes des tisseuses de Kotel ne sauraient-elles être remplacées par l’intelligence artificielle ? Les réponses se trouvent dans l’univers singulier de l’école de tissage de cette ville des Balkans. La chercheuse et autrice Dora Kourchoumova s’est fixé un objectif ambitieux : faire inscrire la tradition et le savoir-faire du tissage des tapis de Kotel sur la prestigieuse liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
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Colorés, denses, chargés de la mémoire d’un autre temps, de l’intimité du foyer et d’un art de vivre vieux de plusieurs siècles, les tapis de Kotel ont depuis longtemps dépassé le statut de simple objet domestique. Ils sont devenus un symbole d’une culture bulgare profondément singulière, de ses traditions rituelles liées au calendrier et d’un certain prestige social. Aujourd’hui, les défenseurs de cette tradition unique conjuguent leurs efforts pour lui faire accéder à une reconnaissance internationale. Dora Kourchoumova, autrice d’un ouvrage de référence consacré à la datation des anciens tapis de Kotel, en est convaincue : l’heure est venue de franchir une nouvelle étape.
Dora Kourchoumova
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"Pour faire inscrire et reconnaître par l’Unesco la technique de tissage de Kotel, il faut notamment démontrer le nombre de modèles et d’ornements, ainsi que les spécificités de l’école de Kotel qui la distinguent des autres écoles de tissage de Bulgarie. J’ai précisément mené une étude de cette nature, que j’ai intégrée à mon livre Guide pour dater les anciens tapis de Kotel, dans lequel j’ai décrit toutes les particularités du tissage de Kotel. Cela ne suffit toutefois pas encore. C’est néanmoins une base solide sur laquelle s’appuyer pour présenter au ministère de la Culture une proposition dûment argumentée et suivre toutes les étapes de la procédure. La candidature elle-même doit être portée par la municipalité de Kotel ou par le musée de Kotel, qui relève de la municipalité. Or, ces cinq dernières années, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de spécialistes connaissant en profondeur tous les éléments permettant de défendre la spécificité de l’école de Kotel. J’ai donc essayé de rassembler et de synthétiser toutes mes recherches et mes preuves dans ce livre de plus de 300 pages."
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Pourquoi, cependant, l’école de Kotel se distingue-t-elle à ce point des autres traditions du pays, notamment de la célèbre tradition de Tchiprovtsi ? Ses particularités tiennent autant à la technique qu’à la conception même du travail. Les tisseuses de Kotel travaillaient plus rapidement, avec une laine et une chaîne plus épaisses, ce qui donnait aux tapis davantage de chaleur et de relief. Surtout, chaque tapis était réalisé sur mesure pour une pièce donnée, sans jamais être reproduit à l’identique, explique Dora Kourchoumova :
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"La tisseuse de Kotel travaille beaucoup plus vite que celle de Tchiprovtsi, parce qu’elle utilise un fil plus épais, une chaîne plus épaisse et que le nombre de fils sur dix centimètres est beaucoup plus faible que sur un tapis de Chiprovtsi. À Chiprovtsi, la laine est filée beaucoup plus finement et la chaîne est plus fine, ce qui ralentit le travail de la tisseuse. Et pourtant, malgré cette rapidité de tissage, elle parvient à réaliser un tapis plus épais, qui tient davantage chaud. Cette technique donne aux ornements un aspect légèrement plus grand que ceux des tapis de Chiprovtsi. Lorsqu’ils sont teints dans les couleurs traditionnelles des tapis de Kotel, bleu, rouge, vert, noir et une touche de bordeaux, aux tonalités sourdes car obtenues à partir de teintures végétales, le contraste est particulièrement réussi. La tisseuse de Kotel y est encore pour beaucoup, grâce à sa précision et à son ingéniosité, qui lui permettent de transformer des ornements géométriques en motifs très élaborés, contribuant ainsi à la renommée de cette école."
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Contrairement aux tapis de Tchiprovtsi, ceux de Kotel n’étaient pas destinés à la vente, ni au XVIIIe ni au XIXe siècle. Chacun était donc réalisé dans des dimensions différentes, adaptées à la pièce à laquelle il était destiné. "C’est pourquoi il n’existe pas deux tapis identiques : à cause des couleurs, puisque chaque femme préparait elle-même ses teintures ; à cause de la disposition des ornements, car chacune avait sa propre vision ; et à cause des dimensions du tapis, qui dépendaient de celles de la pièce", explique la chercheuse.
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Pour préserver cet univers singulier, la transmission du savoir-faire est essentielle. Malgré les défis du temps, l’espoir demeure. À l’École nationale des arts plastiques de Sliven, capitale régionale située à proximité de Kotel, de jeunes filles et garçons continuent d’apprendre le métier, preuve que le savoir-faire des mains n’a rien à envier, même à l’intelligence artificielle.
PHOTO : nhgdd-sliven.net
"Ce sont les jeunes tisserands de Bulgarie. Ils doivent comprendre qu’ils préservent à la fois un métier ancien et qu’ils peuvent l’intégrer aux intérieurs contemporains. C’est réellement possible de nombreuses façons, y compris par des approches modernes : en l’intégrant aux vêtements, en créant des ceintures, des broches ou des bijoux."
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Le chemin du tapis de Kotel vers la reconnaissance au titre du patrimoine culturel mondial raconte une histoire de mémoire, de travail, de couleurs et d’un esprit bulgare qui ne renonce pas. Reste à savoir si l’Unesco reconnaîtra à son tour ce savoir-faire. Une chose est sûre : tant qu’il y aura des mains pour tisser, la tradition continuera de vivre.
En savoir plus sur la riche tradition de la tapisserie en Bulgarie :
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric