Auteur :
Ira Dimitrova
Actualité
Fentanyl : le nouveau venu dans le paysage changeant des stupéfiants en Bulgarie
Il n’y a pas de drogues "modernes" et donc "moins dangereuses", avertit Aleksandar Panayotov du Centre national de santé publique et d’analyses
mercredi 2 septembre 2026 13:35
mercredi, 2 septembre 2026, 13:35
PHOTO : BTA
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Le recours à des substances stupéfiantes chez les jeunes change en même temps que leur environnement. En plus des substances déjà connues, le marché voit apparaître de nouvelles substances psychoactives, des produits à fumer ainsi que diverses formes de vente en ligne. Cette évolution oblige les institutions à suivre la consommation de près, mais aussi à identifier à temps ces nouveaux risques.
Comment ce tableau change et où se trouve la Bulgarie par rapport aux autres pays européens? C’est ces sujets que nous abordons avec Aleksandar Panayotov, chef du département "Centre national de focalisation" auprès du Centre national de santé publique et d’analyses.
Aleksandar Panayotov
PHOTO : Centre national de santé publique et analyses
Pendant les derniers 15-20 ans, le cannabis a été la drogue la plus répandue en Bulgarie et en Europe. Dans le même temps, l’usage de stimulants, tels que les amphétamines, la méthamphétamine, l'ecstasy et la cocaïne, reste courant.
"Il y cependant quelque chose qui a changé ces dernières années, à savoir la baisse de l’usage de cannabis qui a été remplacé par un autre type de produits à fumer, tels que des vapoteuses aux cannabinoïdes synthétiques et semi-synthétiques, des appareils à tabac chauffé, des chichas... Parallèlement, la consommation de protoxyde d'azote s'est nettement intensifiée," souligne l’expert.
PHOTO : bntnews.bg
Ce qui est particulièrement inquiétant est l’augmentation de la consommation de fentanyl, un opioïde puissant dont on parle de plus en plus souvent en Bulgarie.
"Nous avons un problème avec le fentanyl ces derniers trois ans avec beaucoup de décès", explique Aleksandar Panayotov. "Nous avons fait des recherches avec le Centre de narcotiques et de toxicomanies, les services de médecine légale et des toxicologues et nous avons établi que le nombre de décès liés au fentanyl est en hausse : 53 cas en 2024, contre 58 en 2025. On reste très loin des États-Unis, où ces morts se comptent par milliers, mais la situation mérite toute notre attention : la diffusion du fentanyl s'intensifie en Bulgarie, avec une augmentation de la mortalité qui y est associée."
D’après l’expert, la Bulgarie se situe autour de la moyenne par rapport à la consommation de substances narcotiques chez les jeunes. Ce qui change pourtant, c’est le profil des consommateurs : l’écart entre le nombre de jeunes filles et de garçons n’est plus aussi important, et pour certains drogues, les filles sont même beaucoup plus représentées. L’accès aux substances stupéfiantes a été d’ailleurs rendu beaucoup plus facile grâce à internet et les réseaux sociaux. Souvent, les nouveaux produits sont vendus sur des sites hors du pays, ce qui complique le contrôle.PHOTO : bTV
L’évolution du marché de drogue en Europe a suscité une réponse :
"Il existe un système d'alerte précoce spécifique dédié aux nouvelles substances psychoactives, tant à l’échelle européenne qu'en Bulgarie, où il est géré par le Centre national de focalisation sur les drogues et les toxicomanies. Ce réseau qui regroupe les 27 États membres de l'Union européenne, la Turquie et la Norvège, permet l’échange d'informations. La Bulgarie fournit régulièrement des données et transmet notamment un rapport annuel à ce système européen d'alerte précoce. Lorsqu’une nouvelle substance est détectée et qu'elle fait l'objet d'une surveillance renforcée, l'information en est transmise aux autres pays. Un mécanisme permet ensuite d'inscrire ces nouvelles substances psychoactives sur les listes de produits interdits."
L'enjeu est pourtant de taille, le marché étant continuellement alimenté par de nouvelles substances. Le bulletin d'information du Système national d'alerte précoce révèle que 34 nouvelles substances psychoactives ont été identifiées en Bulgarie durant la première moitié de l'année 2025 et une progression constante observée depuis trois ans. Comme le souligne Aleksandar Panayotov, le dispositif actuel garantit une inscription relativement rapide de ces molécules sur les listes de prohibition.
D’après Aleksandar Panayotov, il existe déjà en Bulgarie des initiatives nationales aussi bien que locales de prévention mais ce qui s’avère plus compliqué est la coordination entre elles, afin que les efforts soient plus efficaces.
Un des messages les plus importants adressés aux jeunes est de ne pas sous-estimer le risque qui se cache derrière les drogues dits "modernes" et "moins dangereux". L’idée d’une consommation sûre n’est qu’une illusion, les différentes substances représentant différents risques, y compris la dépendance et des conséquences graves pour la santé. C'est pourquoi, dans un monde où de nouvelles substances psychoactives peuvent apparaître du jour au lendemain et où l'information tout comme les offres s’invitent directement sur les téléphones des jeunes, la prévention dépend souvent des informations venues à temps et du dialogue ouvert.
Version française : Maria Stoeva