Auteur :
Daniela Goléminova
Actualité
La traductrice Lubov Tsai : "J’ai appris seule le bulgare littéraire"
mercredi 23 septembre 2026 13:10
mercredi, 23 septembre 2026, 13:10
PHOTO : Archives personnelles
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Bulgare de Tauride, Lubov Tsai est née dans le village bulgare de Petrovka, dans la région ukrainienne de la mer d’Azov. Mariée à un Coréen, elle porte le nom de famille de son époux. Pendant quatre décennies, elle a vécu à Louhansk, avant de s’installer avec sa famille, en 2014, à Jytomyr, dans le nord de l’Ukraine. Elle vit aujourd’hui dans un village situé près de Kyiv, la capitale ukrainienne.
Lubov Tsai a étudié les mathématiques à Donetsk, mais a découvert au fil des années le plaisir de travailler avec les langues. Elle s’est mise à traduire de la poésie et de la prose bulgares en ukrainien, ainsi que des œuvres ukrainiennes en bulgare. Ses traductions paraissent principalement dans des éditions bilingues de poche, un format qui possède une tradition particulière en Ukraine.
"Sur Internet, j’ai découvert qu’il existait de nombreux sites et portails consacrés à la littérature traduite du bulgare. En les lisant, j’ai relevé beaucoup d’erreurs de traduction et cela m’a fait mal. C’est ainsi que j’ai commencé à traduire du bulgare vers l’ukrainien. Ma liste d’auteurs compte aujourd’hui plus d’une centaine de noms… Le premier livre que j’ai traduit était Chants à l’homme, de Nikola Vaptsarov. Puis sont venus : Foi lumineuse, de Dimtcho Débélyanov ; Ombres, de Mara Beltcheva ; Quelque part, là-bas, de Petia Doubarova ; Svetlopis (Écriture de la lumière), de Zdravko Kissiov… Le dernier livre sur lequel j’ai travaillé est celui de Daniela Stoyanova. Je me suis plongée dans cet océan qu’est la traduction, et c’est devenu ma vie", raconte Lubov Tsai.
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Cette Bulgare de Tauride dit avec fierté avoir appris seule le bulgare littéraire. "J’ai appris la langue uniquement en lisant des textes contemporains. Quand je lis, je comprends tout et je pense que mon sang m’aide. Lorsque je traduis un texte et que je rencontre un mot inconnu, je cherche immédiatement à en connaître le sens", explique la traductrice.
Pour perfectionner sa maîtrise du bulgare, Lubov Tsai a participé plusieurs années de suite aux séminaires d’été de langue et de culture bulgares destinés aux bulgarisants et slavistes étrangers, organisés par l’Université de Sofia "Saint-Clément-d’Ohrid".
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La littérature bulgare suscite-t-elle de l’intérêt en Ukraine ?
"Oui, elle suscite de l’intérêt. J’ai des amis qui lisent beaucoup et qui s’y intéressent beaucoup. Et il ne s’agit pas seulement de Bulgares de souche, mais aussi de mes anciens camarades d’université. Aujourd’hui, j’essaie de traduire de la littérature ukrainienne en bulgare. J’ai traduit plusieurs poèmes de l’ukrainien, qui ont été publiés sur le portail Literaturen Klub. Je fais également don d’une partie des livres que je traduis à des bibliothèques", raconte Lubov Tsai.
PHOTO : Archives personnelles
Les jeunes Ukrainiens d’origine bulgare s’intéressent-ils à la langue de leurs ancêtres ?
"Depuis 1991, les jeunes ont la possibilité d’apprendre le bulgare dans un lycée de Tauride. Ils peuvent également venir à Sofia et dans d’autres villes bulgares pour y étudier le bulgare", explique la traductrice.
PHOTO : личен архив
Apprendre des langues étrangères, y compris des langues peu répandues, restera-t-il une valeur à l’avenir ? Et comment l’essor de l’intelligence artificielle transforme-t-il le métier de traducteur ?
"L’intelligence artificielle n’a pas d’âme. En plus, elle fait beaucoup d’erreurs. Je pense qu’elle n’a pas la capacité de changer le cœur et le sang. Il existe une expression : 'On est autant de personnes qu'on parle de langues.' Je vois qu’aujourd’hui, les jeunes ont de nombreuses possibilités d’apprendre des langues étrangères et qu’ils en profitent. C’est une bonne chose", estime Lubov Tsai.
Les mathématiques aident-elles à apprendre les langues étrangères ?
"Les mathématiques aident pour tout. Je ne connais pas beaucoup de langues. J’ai étudié l’allemand, mais je ne le maîtrise pas bien. Je n’ai pas étudié l’anglais et je ne le connais pas. Je parle russe, ukrainien et bulgare. Je comprends un peu le polonais et le biélorusse, parce que ce sont des langues proches. Les mathématiques m’aident à construire une méthode qui me permet de trouver la façon la plus pratique de traduire. Une enseignante disait : 'Les plus belles choses au monde sont la musique et les mathématiques.' Pour ma part, j’ajouterais la poésie. Elle est construite avec une telle harmonie, telle que Dieu nous l’a donnée", conclut Lubov Tsai, dans une réflexion aux accents philosophiques.
Version française : Svjetlana Satric
Chargé de publication : Svjetlana Satric