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Hristina Hranova : la première sage-femme et nageuse sauveteuse en Bulgarie
lundi 28 septembre 2026 13:45
lundi, 28 septembre 2026, 13:45
PHOTO : Bibliothèque régionale "Pentcho Slaveykov" - Varna
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Hristina Hranova naît en 1852 dans le village de Klissoura, près de Sofia. Elle est la cadette des 12 frères et 5 soeurs de Hrano Tsankov. À l’âge de 12 ans, elle tue à coup de balles le chef des bachi-bouzouks turcs qui essayait de sabrer sa mère. Après cet incident, son père embarque la nombreuse famille dans une charrette et la transporte à Sofia. Hristina est scolarisée dans le lycée professionnel pour jeunes filles Yordanka Filarétova. Lorsqu'elle a l'occasion d'aider Vassil Levski, elle n'hésite point.
"À l'âge de 18 ans, sur recommandation de Levski, Hristina devient messagère du Comité révolutionnaire de Sofia", narre Magdaléna Guigova dans sa rubrique Les adresses de l'amour sur Radio Sofia, chaîne de la RNB. "Chaque semaine, chevauchant son cheval et déguisée en garçon, elle parcourt le trajet de Sofia à Lovetch et Panagurichté pour transporter la correspondance de Levski. En effet, des sentiments amoureux pour ce jeune homme aux cheveux blonds ne la quitteront pas jusqu'à la fin de sa vie. Peu de temps après, une terrible nouvelle parvient à la famille Hranov : Levski a été capturé et condamné à mort. Hristina se déguise alors en bergère : elle enfile une pèlerine en laine, prend une canne de berger et se rend près du lieu de l'exécution pour voir une toute dernière fois celui qu’on surnomme l’Apôtre de la liberté bulgare.
PHOTO : europeana.eu
Pendant l'Insurrection d'avril (1876), Hristina Hranova participe aux combats à Batak. Un an plus tard, elle rejoint les rangs des volontaires dans la guerre russo-turque en tant qu'infirmière militaire, traversant le feu des batailles de Chipka, Cheïnovo et Stara Zagora.
Une fois la liberté conquise, Hristina Hranova part pour Kiev où, grâce à une bourse accordée aux élèves doués, elle sort diplômée cum laude de l'Institut de maïeutique auprès de l'Université impériale Saint-Vladimir, devenant ainsi la première sage-femme diplômée de Bulgarie. C’est grâce à son travail dévoué qu’ouvre la première maternité à Sofia. Elle exerce cette noble profession dans plusieurs villes, notamment à Varna, où elle apprend aux enfants du quartier arménien à lire et à écrire, et durant l'été, à nager. C'est précisément dans cette ville maritime qu'elle devient non seulement la première femme maître-nageuse sauveteuse du pays, mais aussi du monde.
Université "Saint Vladimir" - Kiev
PHOTO : europeana.eu
"Lors de la guerre serbo-bulgare en 1885, Hristina Hranova agit de nouveau en héroïne. Elle y est blessée au genou gauche", raconte Magdalena Guigova. "A côté du maniement des armes, elle garde aussi dans son sac des médicaments pour soigner les malades et les blessés. Près de 30 ans après la guerre russo-turque, Hristina enfile pour la dernière fois la capote militaire et s'engage comme volontaire. Il s’agit de cette fois-ci de la Seconde guerre balkanique (1913). Elle était alors âgée d'environ 60 ans."
Des années plus tard, elle pose sur une carte postale en uniforme de parade, vêtue d'une veste de volontaire et six ordres et médailles sur la poitrine. Cependant, les épreuves de la vie ne l'épargnent pas : il s'avère bien plus difficile de remporter une victoire contre l'indifférence des bureaucrates que sur le champ de bataille. Ainsi, en 1910, une pension d'État lui est refusée sous prétexte qu'elle n'avait pas cotisé régulièrement.
PHOTO : Bibliothèque régionale "Pentcho Slaveykov" - Varna
Hristina Hranova s'éteint en 1922, dans la souffrance et la misère, à l'âge de soixante-douze ans.
Enterrée sans honneurs, elle n'a été accompagnée à sa dernière demeure que par de vieux camarades de combat. L'emplacement de sa tombe reste inconnu. Malgré ses exploits, malgrétous les êtres humains qu'elle a aidé à voir le jour ou qu'elle a sauvés, la figure et l'œuvre de Hristina Hranova demeurent en marge du panthéon des grands Bulgares, sans épitaphe, sans croix ni monument. A Varna pourtant, où elle a travaillé comme sage-femme et nageuse sauveteuse, une rue porte son nom.
Edition : Diana Tsankova (d’après un sujet de Magdaléna Guigova, RNB Sofia)
Version française : Maria Stoeva
Chargé de publication : Maria Stoeva