Auteur :
Krassimir Martinov
Article
Lieux sacrés des Rhodopes orientales : le monastère Saint-Jean-Baptiste
mardi 13 octobre 2026 13:50
mardi, 13 octobre 2026, 13:50
PHOTO : Krassimir Martinov
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La ville de Kardjali est blottie à côté des rives d’Arda, au cœur des Rhodopes orientales, dans le Sud de la Bulgarie. Ses habitants portent des noms différents, professent des fois différentes et suivent des traditions différentes. Mais, contrairement aux idées reçues, cela ne les divise pas. Bien au contraire : cette diversité est l'un des traits distinctifs de la région. C'est pourquoi, dans une série de publications, Radio Bulgarie vous emmènera à la découverte de trois lieux sacrés des Rhodopes orientales : l'église orthodoxe Saint-Jean-Baptiste à Kardjali, la mosquée en bois près du village de Podkova et le téké (site religieux musulman) Elmali baba près du village de Bivolyane.
La première étape de notre itinéraire est l'église médiévale Saint-Jean-Baptiste, qui au Moyen Age faisait partie d'un important complexe monastique.
En entrant dans l’église, le visiteur s’aperçoit de l’alliage singulier entre la maçonnerie médiévale qui a été préservée, les fresques partiellement conservées et les traces de sa restauration ultérieure. La maçonnerie en pierre et les fresques sont conservées dans leur état d'origine. L'église est un lieu de culte, mais aussi un monument culturel, comme nous le signale notre guide, Guéorgui Kyuchukov :
"Jean-Baptiste": tel était déjà le nom de l'église au Moyen Âge. C'est ce qu'a révélé un petit acte de vandalisme commis à l'époque par un certain Bulgare. Sur l'une des fresques, il a gravé avec un objet pointu ces mots en vieux bulgare : "Moi, Dobromir, j'ai écrit dans le Saint Prodromos". Cela nous apprend que cet homme s'appelait Dobromir et que l'église était dédiée au "Prodromos", ce qui signifie "Précurseur" en grec. C'était l'un des principaux monastères de la région d'Akhridos, nom de l'actuelle région de Kardjali au Moyen Âge. "
PHOTO : Krassimir Martinov
Le monastère était particulièrement important pour son époque, et très probablement fort riche, à en juger par les découvertes archéologiques faites sur le site. Plusieurs preuves témoignent de sa grandeur:
" La première a été mise au jour en 1998, au début de la restauration du monastère, poursuit Guéorgui Kutchukov. "Les ouvriers qui travaillaient à l'intérieur ont découvert une tombe, vraisemblablement celle du fondateur du monastère. Dans cette sépulture, on a trouvé le plus ancien tissu liturgique en Europe. Il s'agit d'une épitrachélion (un vêtement liturgique) brodée d'or pur. C'est très probablement cet or qui a permis au tissu de se conserver jusqu'à nos jours.
L'épitrachélion a été restauré et sera exposé au Musée d'histoire de Kardjali dès qu'une vitrine aux conditions climatiques adaptées aura été installée. Les archéologues estiment qu'une telle sépulture coûtait à l’époque autant que la construction d'une ville médiévale tout entière.
La deuxième preuve de l'importance de ce monastère remonte à 1206. À cette époque, l'Empire byzantin cesse d'exister durant un moment pour laisser place au tout nouvel Empire latin de Constantinople. Cette année-là, une expédition de chevaliers latins s'engage le long de la rivière Arda pour aller secourir le chevalier Rénier de Trit et ses troupes, assiégés dans la forteresse de Sténimachos (aujourd'hui Assenovgrad) par les armées du roi Kaloyan. Geoffroi de Villehardouin, l'homme qui nous a transmis le plus important témoignage sur l'histoire de l'Empire latin, faisait partie de cette expédition.
Il écrit : "Si chevauchierent par deus jorsi, et se herbergierent en une mult bêle vallée, près d'un chastel que on apele Moniac. " Il s'agit de Monek, château très prisé des amateurs de beaux panoramas autour de Kardjali. Selon ces récits, les chevaliers latins y seraient restés environ une semaine, où ils ont été rattrapés par la nouvelle de la mort de leur empereur, Baudouin, tué à Tarnovo par le roi bulgare Kaloyan. C'est vraisemblablement dans les environs de Monek, plus précisément à la forteresse de Vichegrad, qui constituait le centre administratif de la région, que s’est réuni le Conseil des barons. Celui-ci a décidé que le prochain empereur de l'Empire latin serait le chef de cette expédition : Henri, le frère de Baudouin. Le couronnement devant naturellement se dérouler de manière officielle à Constantinople, l'expédition a rebroussé chemin.
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Bien d'autres histoires passionnantes sur le monastère médiéval Saint-Jean-Baptiste sont à découvrir sur place, dans l'église éponyme ou au Musée d'histoire de la ville de Kardjali.
Version française: Maria Stoeva
Chargé de publication : Maria Stoeva