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Situation politique en Bulgarie : "Attendez-vous à l’inattendu"

vendredi, 12 décembre 2025, 13:30

Situation politique en Bulgarie : "Attendez-vous à l’inattendu"

PHOTO : BTA

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La Bulgarie se prépare à de nouvelles élections législatives anticipées après la démission du gouvernement de Rossen Jélyazkov le 11 décembre, annoncée peu avant le vote d’une motion de censure au parlement à cause de sa politique économique et budgétaire. "Nous entendons la voix des citoyens qui protestent", a dit Jélyazkov à l’Assemblée nationale. Cette décision est le résultat de la grogne sociale accumulée, exprimée dans des actions de protestation massives dans des dizaines de villes de Bulgarie et d’autres pays où les Bulgares ont contesté le modèle de gouvernance de la Bulgarie et ont réclamé plus de transparence et de responsabilité.

PHOTO : Borislav Todorov

Le gouvernement a démissionné pour éviter une plus grande consolidation de l’énergie sociale, mais aussi pour refiler la patate chaude et la responsabilité à l’opposition, ont commenté des analystes. "La responsabilité du fait que la Bulgarie votera une fois de plus à des élections anticipées incombe à ceux qui ont refusé d’isoler le leader du MDL – Nouveau départ Délyan Péevski, qui ont refusé de se joindre au cordon sanitaire et ont ainsi condamné ce gouvernement à être totalement délégitimé dans de très brefs délais", a rétorqué le coprésident de "Oui, Bulgarie" Bojidar Bojanov. Son parti est membre de la coalition "Poursuivons le changement – Bulgarie démocratique" ayant initié les protestations qui se sont transformées en l’expression la plus massive de mécontentement social depuis au moins une décennie.

Bojidar Bojanov

PHOTO : BGNES

La société civile réclame de nouveaux visages dans la politique et des élections sincères, mais la question est de savoir comment cela pourrait se faire avec les acteurs politiques actuels et d’où surgira le nouveau "sauveur de la nation". Décembre sera donc un mois très turbulent pour les politiques en Bulgarie. La plus grande force parlementaire GERB et le PlC-BD en opposition ont été formels : on ne cherchera pas à former un nouveau gouvernement pendant la législature actuelle de l’Assemblée nationale. Bien que cette possibilité existe, elle serait inacceptable aux yeux de la société, étant donné que les dernières législatives d’octobre 2024 ont été entachées d’irrégularités et le parlement actuel a un très faible niveau de représentativité, ayant été élu à un taux de participation d’à peine 38%. Voilà pourquoi les élections anticipées au printemps sont vues comme une occasion de rendre sa légitimité au système politique et d’augmenter la confiance dans les institutions.

Chaos politique, anarchie à la veille du passage à l’euro, blocage de la politique des revenus prévue dans le projet de loi de finances pour 2026 : ce ne sont que quelques exemples qui jettent un froid sur l’énergie positive et le sentiment que le changement est possible, exprimés notamment par la jeune génération.

Selon l’économiste Pétar Ganev de l’Institut d’économie de marché le niveau de tension sociale est si élevé que pour les politiques qui veulent être reconnus comme alternative "il ne suffira plus d’être contre Péevski et de se comporter poliment". "L’opposition à Délyan Péevski peut être une plateforme commune pour s’unir, mais si les partis veulent gagner des voix, ils devront expliquer leur vision : vont-ils augmenter les impôts, vont-ils réformer l’administration publique, comment vont-ils attirer des investissements, vont-ils soulever à nouveau la question des pouvoirs du procureur général. Sans vision rien ne pourra se faire, nous en sommes au stade où chacun doit dire quel avenir il voit pour ce pays. Rappelons que l’énergie contestataire a été provoquée au départ par l’augmentation du fardeau fiscal pour les particuliers comme prévu à partir de 2027-2028. J’aimerais donc que ceux qui gagneront la confiance des gens proposent une alternative sincère et juste, avec un budget sans augmentation d’impôts qui met fin le gaspillage de notre argent par l’État", a dit Ganev sur la TV publique.

Pétar Ganev

PHOTO : RNB

A présent le président doit remettre un mandat de composition d’un nouveau gouvernement : au plus grand groupe à l’Assemblée nationale, au deuxième plus grand groupe et puis à un troisième groupe de son choix en cas de refus du ou des partis précédents. Si le parlement actuel ne réussit pas à former un nouveau cabinet, le président nomme un premier ministre intérimaire (imposé par une courte liste de candidats potentiels aux termes des derniers amendements constitutionnels) dont le gouvernement sera chargé avant tout d’organiser les législatives anticipées. Jusqu’au scrutin le gouvernement démissionnaire, puis le gouvernement intérimaire seront en charge du pouvoir exécutif.

PHOTO : BGNES

"Nous sommes à la veille de nouvelles élections, qui se tiendront probablement début mars", pronostique sur la RNB le journaliste Ivan Bakalov. Reste à voir si le président Roumen Radev descendra dans l’arène comme leader d’un nouveau projet politique qui arriverait à convaincre les électeurs de lui accorder leur confiance pour gouverner le pays.

 

Édition : Eléna Karkalanova

Version française : Christo Popov