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Les foyers culturels bulgares : bastions de l’identité nationale depuis 170 ans
mercredi 4 mars 2026 12:30
mercredi, 4 mars 2026, 12:30
Le foyer culturel "Elenka et Kiril D. Avramovi"
PHOTO : YouTube
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C’est le bénévolat qui anime et assure la force motrice de l'une des plus anciennes et originales institutions du renouveau national bulgare : les foyers culturels. Ces derniers ont vu le jour avant même que la Bulgarie ne recouvre sa liberté et son indépendance après cinq siècles de domination ottomane. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un centre culturel, disons simplement qu'il s'agit d'un organisme et lieu de rassemblement, à vocation éducative et pédagogique. En 2026, nous célébrerons le 170e anniversaire de la fondation du premier foyer bulgare de ce genre. Cela s’est passé à Svichtov en janvier 1856 et le foyer portait le nom d'"Elenka et Kiril D. Avramovi". La même année, deux autres centres pareils ont vu le jour à Choumen et à Lom. Aujourd'hui, notre pays compte plus de 3 500 foyers culturels. Que ce soit dans un village ou une ville, ce sont des lieux où se concentre la vie publique. Nombre de ces foyers ont conservé dans leur nom l'année de leur fondation. Et même à notre époque moderne et dynamique, ces centres ont gardé leur vocation première : outre une bibliothèque, ils dispensent des cours de musique, de danse, de sport, de langues étrangères, d’un atelier de théâtre et initient des rencontres littéraires.
Des conférences et des célébrations sont organisées pour marquer les dates importantes, et des reconstitutions de rites et de traditions folkloriques sont mises en scène. Mais les plus fidèles à la tradition bulgare, préservée derrière les murs du foyer culturel, restent les artistes amateurs. Gardiens de notre folklore, porteurs de l'âme bulgare et talents innés, ils ne ménagent ni leur temps ni leurs efforts pour préserver et transmettre la richesse de l’art populaire.
PHOTO : Foyer culturel "Hr. Smirnenski"- 1889, Zlatitsa
Les artistes amateurs de nos ensembles folkloriques assument à la fois le rôle d’interprètes et de chercheurs. Ils recherchent eux-mêmes les chants populaires anciens, des contes, des proverbes et des incantations de bons vœux, et ne se contentent pas de les coucher sur le papier, mais les reproduisent sous forme originale sur scène. Par conséquent, leur auditoire n'est pas composé d’un banal rassemblement de badauds, mais on y compte des scientifiques, de folkloristes et de véritables passionnés de la musique et de l'art populaire bulgares. L’UNESCO a donc accepté en 2017, à juste titre, d’inscrire le foyer culturel bulgare dans le Registre de bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, et souligne que ces centres communautaires sont uniques au monde dans la nomination étant précisé que les foyers culturels n’ont pas d’analogue dans aucun autre pays. Cette institution s’inscrit tout naturellement dans la liste de l’UNESCO, parallèlement avec d’autres trésors de patrimoine immatériel bulgare, tels que "Les mamies de Bistritsa", les danses sur la braise (nestinarstvo), la production des tapis, la marténitsa.
PHOTO : BTA
"Le foyer culturel constitue une structure très complexe, intrinsèquement liée aux sources culturelles de la société bulgare et jouissant d'un prestige social", affirme à Radio Bulgarie Silvéna Bayrakova, directrice de l'Institut national au sein de l'Union des foyers culturels. Cependant, dans le contexte actuel, ces institutions rencontrent de sérieuses difficultés.
"La caractéristique la plus spécifique des foyers culturels est qu'ils naissent de l'initiative des communautés elles-mêmes et sont le fruit du besoin réel des Bulgares d'apprendre et de se développer spirituellement. Que deviendraient les centres communautaires sans l'amateurisme artistique qui s'y développe ? C'est en soi un phénomène remarquable, non seulement en raison du travail bénévole fourni par les amateurs, mais aussi grâce à l'autogestion démocratique de leurs structures", ajoute Mme Bayrakova, qui qualifie ces gens de personnes très doués, avec une vocation de chanteurs, danseurs ou musiciens, sans pour autant posséder un excès d’individualisme, dans la mesure que les membres d’une collectivité sont tous égaux, sans hiérarchie aucune dans le groupe.
PHOTO : Foyer culturel "Hr. Smirnenski"- 1889, Zlatitsa
"Ces passionnés d’art tissent des liens au sein d'une communauté autour d'intérêts non pragmatiques. Ce n'est pas leur gagne-pain, ils n’attendent pas à être rémunérés. De nombreux professionnels qui œuvrent dans le domaine des foyers culturels, en tant que responsables, sont souvent impressionnés par ce désintéressement. Et il y plus que ça : l'intégration des jeunes dans les rangs des amateurs constitue une sorte de mécanisme permettant l’éducation d’un public compétent, qui sera alors intéressé et capable d'apprécier tel ou tel produit culturel." Selon Slavéna Bayrakova, les personnes qui participent aux activités des foyers, deviennent des citoyens actifs et reviennent souvent pour animer à leur tour ces centres. "C’est vrai qu’actuellement, les cursus se multiplient qui proposent des ateliers de théâtre ou de danse en copiant en grande partie le travail des foyers culturels, à la différence près que ces derniers rassemblent plusieurs générations. Ainsi, grâce à cette communauté, l’héritage culturel immatériel se transmet naturellement."
PHOTO : Foyer culturel "Hr. Smirnenski"- 1889, Zlatitsa
Néli Mihaylova est présidente du Conseil public d'un foyer culturel vieux de 135 ans, qui porte le nom du poète Hristo Smirnenski et se situe à Zlatitsa, ville au pied du Balkan. "Notre foyer est fier de sa troupe de théâtre très active, d’un club littéraire et d’une riche bibliothèque dotée d'une salle de lecture", dit Néli.
PHOTO : Foyer culturel "Hr. Smirnenski"- 1889, Zlatitsa
"Les amateurs sont ceux qui ont une âme riche, ceux qui suscitent l'espoir d'un éveil spirituel et d’un essor de la nation. Les artistes amateurs d'aujourd'hui sont la réplique moderne des Éveilleurs du Peuple de la renaissance bulgare. Ils donnent l'exemple en mobilisant leur énergie et leur temps au bien commun, comme quoi fraterniser avec eux dans leur communauté ça fait vraiment plaisir."
Édition : Guergana Mantchéva
Version française : Ivan Batalov
Chargé de publication : Ivan Batalov