Politique

Actualité

La Bulgarie en alerte face au rapport européen sur la Macédoine du Nord

"Il existe de nombreux mécanismes pour défendre notre identité et nos intérêts à Bruxelles", affirme l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères Milen Keremedchiev.

mercredi, 17 juin 2026, 12:30

La Bulgarie en alerte face au rapport européen sur la Macédoine du Nord

PHOTO : BGNES

Taille de la police

Alors que le Parlement européen doit se prononcer ce jour sur le rapport annuel consacré aux progrès de la Macédoine du Nord sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne, un débat sensible a émergé à la veille du vote. Sofia s’inquiète d’une tentative de suppression du point 73 du texte, une disposition qui invite historiens et experts, et non responsables politiques, à définir l’interprétation de l’histoire commune et à éviter toute instrumentalisation des manuels scolaires susceptible d’alimenter les tensions entre les deux sociétés. L’alerte a notamment été relayée par la vice-présidente bulgare, Iliyana Yotova.

La Bulgarie rappelle soutenir la perspective européenne de son voisin du sud-ouest, tout en insistant sur le respect des engagements déjà pris dans le cadre du processus de négociation européen et des accords bilatéraux. Depuis le compromis dit "proposition française" de 2022, les conditions relatives aux réformes constitutionnelles, notamment l’inscription des Bulgares comme peuple constitutif disposant de droits égaux avec les autres communautés du pays, ainsi que le respect des relations de bon voisinage ont été intégrées au cadre de négociation de l’Union européenne. Ces engagements, souligne Sofia, ne sauraient être renégociés. Le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé en 2017 prévoit par ailleurs la mise en place d’une commission mixte d’experts sur les questions historiques et éducatives.

Milen Kérémedtchiev

PHOTO : Stéfan Kountchev

"Les différends bilatéraux font partie du processus de négociation. Nous ne devons pas les fuir", a déclaré à la radio publique bulgare BNR l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères Milen Kérémedtchiev. Selon lui, les responsables politiques macédoniens multiplient les efforts pour contourner le compromis européen de 2022, adopté et signé par l’ensemble des États membres ainsi que par Skopje.

"La Macédoine du Nord et ses responsables politiques cherchent à entraîner la Bulgarie dans un conflit bilatéral et à transformer le non-respect des accords signés avec les États membres en accusation contre Sofia, présentée comme le seul obstacle sur la voie européenne du pays. Il ne faut pas céder à cette narration", estime-t-il.

PHOTO : europarl.europa.eu

Selon plusieurs sources, la suppression du point 73 reste possible, ce qui pousse les eurodéputés bulgares à intensifier leurs contacts au sein des différents groupes politiques du Parlement européen.

"Même si ce point venait à disparaître, il s’agit d’un rapport qui ne remet en aucun cas en cause le veto existant, adopté par les États membres, concernant l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord", a encore expliqué Milen Kérémedtchiev dans un entretien à la RNB.

L’ancien vice-ministre met également en garde contre une dégradation du climat politique. "Les responsables politiques macédoniens se battent contre la Bulgarie sur tous les fronts. Nous observons un discours de haine, des accusations constantes faisant de la Bulgarie l’unique responsable du blocage européen. Cette rhétorique s’enracine désormais profondément dans la société", souligne-t-il.

Les voitures incendiées devant le bâtiment de l’ambassade de Bulgarie à Skopje

PHOTO : BGNES


Pour lui, Sofia doit adopter une ligne mesurée et éviter toute escalade verbale.

"L’objectif actuel de certains responsables politiques en Macédoine du Nord est d’entraîner la Bulgarie sur un terrain dégradé, fait d’échanges de notes diplomatiques et de surenchère verbale, afin de détourner l’attention de l’essentiel : notre action doit rester concentrée à Bruxelles, au Parlement européen et dans les discussions avec les États membres."

PHOTO : Archives

Il conclut en appelant à la fermeté stratégique et à la sérénité : même en cas de retrait du point litigieux, rappelle-t-il, la Bulgarie conserve des leviers importants dans le processus d’élargissement, chaque étape nécessitant l’unanimité des États membres jusqu’à la ratification finale par les parlements nationaux.


Édition : Eléna Karkalanova, sur une interview de Diana Dontcheva

Version française : Svjetlana Satric